Seule coopérative gardoise située en appellation Pic-saint-loup, la cave de Corconne, La Gravette, rayonne au point de préparer une fusion avec une autre cave pour répondre à la demande croissante. Niché au pied du massif de Coutach, le village de Corconne semble défier les lois de la pesanteur et du temps, le long de la faille qui part des Matelles et dessine la trajectoire de l'appellation.
Une croissance atypique dans un contexte difficile
Alors que la profession viticole traverse une crise marquée par la déconsommation, la cave de Corconne affiche une santé surprenante. Olivier Masson, président de la cave qui compte une cinquantaine de coopérateurs, tempère : "La crise est là et on sent la déconsommation dans nos quatre boutiques de Corconne, Laroque, Saint-Martin-de-Londres et Millau. Mais nos rouges résistent bien. On les sent encore attachés à la notion de vin plaisir."
Cette résistance s'explique peut-être par la plus grande densité de vignes (plus de 6 000 pieds par hectare) dans ces éclats calcaires, obligeant les racines à descendre chercher la fraîcheur en profondeur. Le partenariat avec le groupe Jeanjean rend le modèle économique atypique : "On leur met à disposition tous nos vins à l'exception de ceux en vente directe. Jeanjean écoule deux tiers de nos volumes et nous un tiers en boutique."
Des rendements en baisse, mais une qualité préservée
Il manque presque du raisin pour répondre à la demande, avec une baisse de plus de 20 % des rendements ces dernières années. Malgré l'absence de ressource en eau pour irriguer, la proximité des Cévennes et un climat humide en hiver permettent de belles maturités tardives et l'élaboration de vins sur la finesse, avec une majorité de Syrah. Sur les 400 hectares de l'appellation, 100 sont en Pic-saint-loup, 100 en Languedoc, tous en bio ou en HVE.
Une stratégie d'installation des jeunes et de fusion
Pour éviter de perdre des parcelles de vignerons en fin d'activité, la cave a créé la société "Les Vignobles des vignerons de La Gravette" pour aider de jeunes viticulteurs à s'installer. 30 hectares au total, loués par les propriétaires ou rachetés par la cave, sont mis à disposition des jeunes. Marc Valette, secrétaire général de la cave, incarne la continuité : il a repris l'exploitation familiale il y a près de 30 ans après une formation d'œnologue et un poste d'enseignant à Agropolis. "C'est dans nos gènes, une histoire qu'on a envie d'écrire à notre tour."
Pour élargir les débouchés, une fusion est imminente avec une autre cave du Gard, portant la capacité à près de 60 000 hectolitres, après avoir déjà fusionné avec Saint-Martin-de-Londres et Saint-Jean-de-Buèges. Jérôme Regues, directeur, sourit : "On est une cave vraiment atypique : on a les marchés mais ce sont les volumes qui nous manquent, tout en faisant de la qualité pour préserver l'image de la marque."
Des reconnaissances prestigieuses
La cave brille de mille feux avec 7 médailles d'or lors des concours et une palme nationale aux Vinalies pour la cuvée "À l'État Pur" 2024. Olivier Masson est fier de rappeler que cinq de leurs bouteilles figurent sur les tables de l'Élysée. Ce savoir-faire se fait connaître grâce à un partenariat avec huit caves d'autres régions viticoles, organisant chacune un salon dans l'année. L'étape gardoise de cette "Ronde des caves" aura lieu du 20 au 22 novembre à Corconne, pour (re)découvrir les vins de La Gravette et d'ailleurs.



