Le nouveau cahier des charges du citron de Menton IGP, homologué par arrêté ministériel publié au Journal officiel du 31 juillet 2026, autorise désormais l'utilisation des citrons de catégorie 2 pour la transformation, une mesure visant à limiter les pertes chez les producteurs. Cette évolution, saluée par Stéphane Constantin, directeur de l'Association pour la promotion du citron de Menton (APCM), constitue une avancée majeure pour la filière.
Une révision attendue depuis plusieurs années
« C'est une belle récompense pour la filière », se réjouit Stéphane Constantin, qui a reçu l'arrêté ministériel homologuant le nouveau cahier des charges. Cette démarche, entreprise il y a plusieurs années en collaboration avec l'INAO (Institut national de l'origine et de la qualité) et l'organisme certificateur Certipaq, aboutit enfin. Le directeur de l'APCM souligne l'importance de cette reconnaissance pour l'ensemble des producteurs de citrons de Menton.
La révision du cahier des charges répond à plusieurs objectifs : mieux valoriser les fruits déclassés, adapter la présentation des produits et renforcer la traçabilité. Ces changements visent à améliorer la compétitivité de la filière tout en préservant la qualité et l'image du citron de Menton IGP.
Les citrons de catégorie 2 désormais valorisés
L'une des modifications majeures concerne la valorisation des citrons de catégorie 2. « Ce sont des citrons qui présentent des défauts visuels ou dont le calibre – trop petit, trop gros ou déformé – ne permettait pas jusqu'ici une commercialisation sous IGP », explique Stéphane Constantin à Nice-Matin. Ces fruits déclassés, qui représentent « entre 10 et 20 % » de la récolte estimée à une « centaine de tonnes par an », étaient parfois non récoltés ou bradés par les producteurs.
« Ce n'est pas un gros volume, concède le directeur de l'APCM, mais cela permettra aux producteurs d'avoir moins de perte. » Toutefois, la filière exclut toute utilisation laxiste de ces fruits : « Ces fruits “moches” seront exclusivement réservés à la transformation, précise Stéphane Constantin. On tient à ce que les produits présentés au grand public, sur les étals, correspondent au standard des catégories 1 et extra. »
Suppression de l'obligation de feuilles
L'arrêté ministériel entérine également une autre modification relative à la présentation des fruits. « Avant, le citron de Menton IGP était commercialisé avec 30 % de feuilles par lot, rappelle le professionnel. Mais la filière n'utilise pas de produits phytosanitaires et les lots pouvaient contenir des parasites. » La décision de supprimer cette obligation vise à éviter la transmission de maladies. Les producteurs n'auront plus à mettre de feuilles ou, s'ils le souhaitent, devront préalablement les nettoyer.
Cette mesure, bien que simple en apparence, a des implications importantes pour la qualité sanitaire des produits et la réputation de l'IGP. Elle témoigne de la volonté de la filière de s'adapter aux contraintes environnementales et sanitaires.
Une traçabilité renforcée
La dernière évolution prévue par le texte concerne la traçabilité des citrons. « Il s'agit de mieux définir les zones de travail, le fonctionnement des stations de conditionnement et le suivi des fruits jusqu'à leur approvisionnement », détaille Stéphane Constantin. Cette démarche, déjà partiellement en place, vise à « offrir une traçabilité renforcée ». Le directeur de l'APCM ajoute : « Nous le faisions déjà, mais nous voulions graver le processus dans le marbre. »
Cette traçabilité accrue permettra de garantir l'origine et la qualité des citrons, un atout pour la confiance des consommateurs et la protection de l'appellation.
L'eau, prochain chantier de la filière
La validation de ce nouveau cahier des charges n'est que la première étape d'une vaste réflexion engagée dès 2021. « Nous souhaitons apporter une seconde modification dans les prochaines années, annonce le directeur de l'APCM. Notamment pour intégrer des mesures agro-environnementales, entre autres pour optimiser l'usage de l'eau et faire face au problème de sécheresse. »
Le citronnier, bien que robuste, n'est pas insensible au réchauffement climatique. « Lors des deux années de sécheresse, en 2022 et 2023, nous avons vu un effet direct sur le calibre des fruits, devenus plus petits », confiait l'année dernière Émilie Basin, la présidente de l'APCM. Le manque d'eau et les restrictions d'arrosage imposées par la préfecture des Alpes-Maritimes ont conduit la filière à s'adapter, « avec les moyens du bord ».
La seconde révision du cahier des charges portée par l'APCM permettra de mieux protéger les vergers. « C'est une mesure nécessaire pour l'avenir du citron IGP », conclut Stéphane Constantin. La filière se montre proactive face aux défis climatiques, une démarche essentielle pour pérenniser la production de citrons de Menton.



