Charente-Maritime : Artisanat et commerce entre espoir et inquiétude pour 2026
Charente-Maritime : espoir et inquiétude pour 2026

Charente-Maritime : un bilan économique contrasté pour 2025 et des perspectives divergentes en 2026

Les temps sont particulièrement difficiles pour les entreprises de Charente-Maritime, mais une amélioration pourrait se dessiner en 2026 selon les secteurs d'activité. C'est le principal enseignement de la conférence organisée lundi 9 février par le comité interconsulaire du département. Les présidents des chambres consulaires – Philippe Pétorin pour le commerce et l'industrie, Cédric Tranquard pour l'agriculture, et Sylvie Martin pour l'artisanat – ont successivement présenté le bilan de l'année 2025 et dévoilé les perspectives pour 2026. Cette réunion s'est tenue en présence du directeur départemental de la Banque de France, Thierry Blot, qui a apporté une vision macroéconomique globale.

Une conjoncture nationale en demi-teinte avec des signes d'espoir

« Les chefs d'entreprise résistent, mais à quel prix ? », s'interroge Thierry Blot. Le directeur note toutefois une lueur d'optimisme : les bouleversements géopolitiques mondiaux ne devraient pas empêcher la croissance nationale de progresser dans les prochaines années. Si le nombre de défaillances d'entreprises reste préoccupant, « il y a un mieux », estime-t-il, soulignant que le rythme des faillites a diminué depuis l'été 2025. « Nous aurions passé un pic », espère Thierry Blot, affirmant que la France « a gagné la bataille de l'inflation ».

Cependant, ces notes positives se heurtent à une réalité économique contrastée. Les chiffres d'affaires ont effectivement baissé en 2025 dans l'industrie et le bâtiment. Le secteur des services, notamment l'hébergement, performe « mieux que prévu », et l'industrie ferroviaire tire son épingle du jeu. En revanche, la plaisance navigue en eaux troubles et le gros œuvre du BTP rencontre de sérieuses difficultés. Ces tensions se répercutent sur les effectifs, et l'intérim, souvent utilisé comme variable d'ajustement, en subit les conséquences dans tous les domaines.

L'agriculture charentaise-maritime prise dans un étau inquiétant

Les manifestations récurrentes des agriculteurs illustrent parfaitement la crise profonde que traverse le monde agricole. La Charente-Maritime, qui compte 5 600 exploitations, n'est pas épargnée. « Environ 4 000 d'entre elles sont en difficulté », souligne Cédric Tranquard, le président de la chambre d'agriculture. Il confie que certaines exploitations, particulièrement en viticulture, ont « des encours à plus du double de leur patrimoine ». « Le fleuron de l'agriculture est passé à la trappe », se désole-t-il, exprimant également son inquiétude pour la filière laitière.

Les « belles perspectives » initiales ont été durement affectées par l'apparition de maladies comme la DNC, tandis qu'une concurrence accrue, notamment venue d'Inde, a fait bondir la production internationale de 4 % et entraîné une chute des prix. Globalement, la consommation marque le pas, de la viande rouge aux produits transformés, alors que la France doit désormais importer des œufs pour répondre à la demande. Dans le même temps, le secteur agricole fait face à un « manque crucial de main-d'œuvre », particulièrement sensible dans le maraîchage et la viticulture. « Pour la souveraineté alimentaire, il y a encore du travail », soupire Cédric Tranquard, résumant un sentiment d'impuissance.

Un moral « fragile » pour les artisans du département

La microentreprise reste très prisée en Charente-Maritime, où 60 % des entreprises ne comptent aucun salarié, un phénomène particulièrement marqué dans l'artisanat. Cependant, « leur pérennité n'est pas assurée », constate Sylvie Martin, présidente de la chambre des métiers et de l'artisanat. Pas moins de 2 000 entreprises artisanales ont disparu au cours des trois dernières années. La dirigeante pointe une « pression fiscale accrue » sur les très petites entreprises et décrit un moral « fragile » parmi les artisans.

Le secteur du bâtiment, traditionnellement majoritaire, a cédé la première place aux métiers de services comme la coiffure, les soins de beauté ou le nettoyage. Le recrutement constitue une difficulté majeure à tous les niveaux, y compris pour les TPE. Cette problématique est aggravée par la baisse des effectifs dans les centres de formation de Lagord et de Saint-Germain-de-Lusignan (-10 %), due à une démographie défavorable et à l'ouverture à la concurrence. Malgré ce tableau sombre, Sylvie Martin perçoit une lueur d'espoir avec « l'arrivée massive de jeunes en reconversion ». « En 2026, nous devons renforcer l'accompagnement des entreprises et améliorer la lisibilité des dispositifs », lance-t-elle, appelant à une action concertée.

Le paradoxe des chefs d'entreprise entre optimisme et difficultés concrètes

Les données de la CCI de la Charente-Maritime corroborent celles de la Chambre de métiers concernant les microentreprises, qui représentent la moitié des créations d'entreprises dans le département en 2025. Plus de 60 % des 46 000 entreprises charentaises-maritimes sont concentrées dans les agglomérations de La Rochelle, Saintes, Royan et Rochefort. La répartition sectorielle montre que 54 % relèvent des services (dont 9 % pour l'hébergement et la restauration), 24 % du commerce, et 22 % de l'industrie et de la construction.

Malgré une conjoncture globalement mauvaise, un chiffre interpelle : 82 % des patrons estiment que la situation de leur propre entreprise est « plutôt bonne ». « Ils sont plus confiants pour l'avenir de leur entreprise que pour celui de l'économie française », relève Philippe Pétorin. Cette attitude semble étonnante au regard des difficultés qu'ils déclarent avoir rencontrées au second semestre 2025 : baisse de la demande, hausse des prix des matières premières, « poids » des charges, coût de l'énergie, manque de trésorerie et problèmes de recrutement. « On pourrait dire que c'est un paradoxe », remarque Philippe Pétorin, « mais un chef d'entreprise se doit d'investir, de trouver les solutions pour surmonter les difficultés ». Cette résilience individuelle contraste ainsi avec un pessimisme plus collectif concernant l'économie nationale.