Canicule en Aveyron : les maraîchers luttent pour sauver leurs cultures
Canicule : les maraîchers aveyronnais résistent

Depuis le printemps, les épisodes de fortes chaleurs et le manque d'eau mettent à rude épreuve les exploitations maraîchères de l'Aveyron. Entre baisse des rendements, restrictions d'irrigation et adaptation des pratiques, les producteurs tentent de limiter les pertes, sans savoir encore quel sera le véritable impact économique de cette saison.

Des rendements parfois divisés par deux

Le mercure ne redescend pas et les cultures en pâtissent. Depuis le mois de mai, l'Aveyron, comme une grande partie de la France, enchaîne les épisodes de chaleur, de plus en plus précoces, longs et intenses. Une situation qui touche de plein fouet le maraîchage. Face à la dégradation de la situation hydrologique, la préfecture de l'Aveyron a publié, le 22 juillet, un arrêté limitant les prélèvements d'eau dans les milieux naturels. Selon les bassins versants, les restrictions vont du simple niveau de vigilance jusqu'à la situation de crise, qui interdit tout prélèvement.

Au lieu-dit Pounsoulenq, sur la commune du Viala-du-Tarn, Mathieu et Margot Debruyne, installés à la tête de M'Bio Jardin, irriguent leurs cultures grâce à un affluent du Tarn placé en alerte renforcée. L'arrosage y est interdit entre 8 heures et 20 heures. Pour faire face aux aléas climatiques, le couple a misé sur une trentaine de cultures différentes. Mais leurs principales productions (haricots, fraises et tomates) n'ont pas échappé aux conséquences de la chaleur. Les rendements ont chuté de près de moitié.

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Face à cette situation, ils ont dû réaliser un investissement imprévu. "Nous avons commandé une citerne souple pour récupérer et stocker l'eau de pluie afin d'assurer la suite de la saison", indique Mathieu Debruyne. En parallèle de leur activité maraîchère, le couple propose également des sorties en VTT et des séjours à la ferme. Une diversification qui apporte aujourd'hui un soutien financier bienvenu. "Ce n'était pas l'objectif de départ, mais il faut reconnaître que ce revenu complémentaire est appréciable, même si, avec la chaleur, les sorties à vélo se font plus rares", sourit-il.

Adapter les cultures pour les années à venir

Du côté de la vallée de la Dourbie, Sara Melki et Rémi Boutonnet se partagent une parcelle située sur un secteur placé en vigilance. Aucune restriction horaire ne leur est imposée, mais tous deux veillent à limiter leur consommation d'eau. Installé depuis trois ans, Rémi Boutonnet n'observe pas encore de baisse significative de ses rendements. "J'arrose deux à trois fois par semaine de manière assez copieuse, mais j'essaie malgré tout de jouer le jeu et d'éviter d'arroser entre 8 heures et 20 heures", explique-t-il.

Cette saison lui permet aussi de réfléchir à l'avenir. "J'essaie de jouer avec l'orientation des cultures, les zones d'ombre au fil de la journée. Il y a de fortes chances que ces épisodes se reproduisent et il faut s'y préparer", assure le maraîcher. Pour Sara Melki, la situation est plus contrastée. "C'est ma sixième saison et, globalement, l'année est moyenne. Les légumes souffrent beaucoup de la sécheresse", confie-t-elle.

Certaines cultures ont déjà été sacrifiées. "J'ai perdu tous mes choux d'hiver, complètement grillés. Il n'y avait rien à faire. Et il y aura aussi une forte baisse de production sur les tomates et les aubergines, avec le développement de maladies et de virus favorisés par la chaleur", se désole-t-elle.

Des maraîchers éprouvés physiquement

Au-delà des cultures, les fortes températures mettent également les organismes à rude épreuve. "Le plus difficile, c'est pour notre corps. Juin et juillet sont les mois où il y a le plus de travail, entre les changements de cultures et le désherbage. Avec la canicule, c'est très compliqué, mais on est obligés de continuer", témoigne Sara Melki.

Même constat au Jardin du Chayran, sur les bords du Tarn. Si l'exploitation bénéficie encore d'un secteur simplement placé en vigilance, les productions sont elles aussi affectées. "L'excès de chaleur pénalise notamment les tomates et les aubergines", constate Nadine Boisson, directrice de la structure. Pour limiter les pertes, le Jardin du Chayran s'appuie sur un tensiomètre afin de mesurer précisément l'humidité des sols et n'arroser qu'en cas de nécessité.

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Les horaires de travail ont également été adaptés. "Les équipes commencent très tôt, vers 7 heures, et débutent leur journée dans les serres, avant que les températures ne deviennent trop élevées", évoque-t-elle.

Une inquiétude pour la fin de saison

Au-delà des pertes déjà constatées, les maraîchers redoutent surtout un durcissement des restrictions d'eau. "Si demain nous ne pouvons plus arroser, c'est toute une activité économique qui sera fragilisée. Ce sont les exploitations, les salariés et plus largement toute la production locale qui en subiront les conséquences", alerte Nadine Boisson.

Grâce à la diversification de leurs cultures, certains producteurs parviennent encore à limiter les dégâts. Mais tous s'accordent sur un point : il faudra attendre la fin de la saison, en septembre, pour mesurer précisément l'impact économique de cet été marqué par la chaleur et la sécheresse.