Après les années Covid exceptionnelles, le marché du bricolage en France connaît un repli pour la troisième année consécutive. En 2025, le chiffre d'affaires des grandes surfaces de bricolage a baissé de 1,4 %, après une chute de 4,3 % en 2024. Pourtant, selon Pierre Dieuzeide, journaliste pour « ZePros Habitat », site d'information dédié aux professionnels du bâtiment et du bricolage, cette baisse est « en trompe-l'œil » et constitue surtout une correction post-Covid.
Une correction après l'explosion du Covid
Pendant la crise sanitaire, les Français, confinés chez eux, ont massivement investi dans leur logement, provoquant une hausse artificielle du marché. L'inflation a ensuite soutenu les ventes. Aujourd'hui, on assiste à un retour à la normale. « En 2025, le marché des grandes surfaces de bricolage a reculé de 1,4 %, après une année 2024 déjà à la baisse (- 4,3 %). Mais en réalité, le volume global du marché reste bien supérieur à ce qu'il était en 2019, avant la crise sanitaire », explique Pierre Dieuzeide.
Les causes du recul
Plusieurs facteurs expliquent cette baisse. D'abord, la conjoncture économique : le pouvoir d'achat est serré et l'immobilier neuf est bloqué. Les ventes de logements anciens ont légèrement repris en 2025 avec 951 000 transactions, mais moins de chantiers et de déménagements entraînent mécaniquement moins de gros travaux (cuisines, salles de bains). Ensuite, la concurrence des plateformes en ligne comme Amazon, ManoMano ou Temu pèse lourd. « Officiellement, la vente en ligne des enseignes se porte bien avec + 7,7 % de croissance en 2025, représentant 6,2 % de leur chiffre d'affaires. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte les places de marché extérieures », précise Dieuzeide. Leroy Merlin considère désormais les plateformes comme son premier concurrent, car elles ont capté des rayons entiers : petite décoration, outillage léger, luminaires, mobilier de jardin. En revanche, elles restent inopérantes pour les matériaux lourds (parpaing, placo, ciment).
Lidl, un concurrent inattendu
Au-delà du Web, un nouvel acteur bouscule les magasins traditionnels : Lidl, avec sa gamme d'outils Parkside, est devenu le premier vendeur d'outillage en France et ouvre même des magasins dédiés.
Les stratégies des enseignes traditionnelles
Face à cette pression, les mastodontes du secteur réagissent. Leroy Merlin, qui représente plus de 40 % du marché français, a abandonné sa marque propre Dexter pour lancer « Essential by Works », une marque exclusive ultra-low-cost issue de fournisseurs chinois, afin de mener la bataille des prix. Par ailleurs, les grandes enseignes se tournent massivement vers les professionnels avec des concepts comme Leroy Merlin Pro ou Casto Pro, qui ouvrent dès 6 heures du matin. L'objectif est de vendre du matériel aux artisans, mais aussi de proposer aux particuliers des chantiers « clés en main » incluant la fourniture et la pose.
Des segments qui résistent
Tous les segments ne sont pas en baisse. Le rayon chauffage progresse de 3,3 %, porté par les ventes de climatiseurs et de ventilateurs (+ 18 %). L'électricité augmente de 0,6 %, soutenue par la rénovation énergétique. Le jardin est quasi stable (- 0,2 %), et la plomberie-cuisine-salle de bains ne recule que de 1,5 %, restant loin au-dessus de son niveau de 2019.



