Dans le cadre de notre série sur l'histoire viticole, nous nous penchons sur le parcours d'André Castéra, surnommé "le terrible", leader des comités d'action viticole. Cet homme, originaire de Montredon, près de Narbonne, a marqué son époque par sa fougue et ses actions coup de poing. Pourtant, comme le raconte Bernard Revel, il a fini par mettre de l'eau dans son vin en se lançant en politique, une tentative qui s'est soldée par un échec cuisant.
Les débuts d'un meneur
En 1951, à seulement 28 ans, André Castéra organise une manifestation régionale à Narbonne, rassemblant 30 000 vignerons. Mais ce rassemblement reste sans effet : le vin algérien continue d'envahir le marché, transitant même par le port de Sète. Dix ans plus tard, en 1961, Castéra et ses compagnons créent un comité d'action narbonnais, barrant routes et voies ferrées avec des tracteurs. La jeunesse, impatiente, se détourne des anciens.
L'apogée de la révolte
Castéra, surnommé "le terrible", parvient à enflammer les esprits. Le 19 janvier 1967, chez lui à Montredon, il sonne la révolte, bloque la voie ferrée et part réveiller Narbonne avec des klaxons. D'autres figures émergent, comme Jean Vialade, "le faucon". Malgré sa maigreur, Castéra impose le respect. Il se compare aux Cathares résistant à Simon de Montfort. Les manifestations s'enchaînent : le 20 février, puis le 16 mars, avec 30 000 personnes à Montpellier et 25 000 à Carcassonne. La foule, débordante, exige des actes, allant jusqu'à des violences et des pillages, préfigurant Mai 68. Castéra déclare : "S'il le faut, le Languedoc redeviendra cathare."
La tentation politique
Mais en 1968, la surprise est grande : Castéra se présente aux législatives sous la bannière de l'ordre, face au candidat de gauche Francis Vals. Cette candidature est perçue comme une trahison par une partie de la jeunesse. Il est largement battu. Amer, il se compare à Marcelin Albert, l'apôtre de 1907, qui avait lui aussi été déboulonné. Ironie du sort, trente ans plus tard, une statue est élevée à Albert. Castéra ne saura pas que le même honneur lui sera rendu.
Un hommage tardif
Le 30 mars 2025, à Montredon-des-Corbières, sur l'esplanade du 4 mars 1976, un buste en bronze à l'effigie d'André Castéra a été dévoilé. Il s'était éteint le soir de Noël 2007, à 83 ans. Ainsi, le "terrible" a rejoint ses pairs dans la mémoire collective.



