Alpes-Maritimes : récoltes catastrophiques, les agriculteurs tirent la sonnette d'alarme
Alpes-Maritimes : l'alarme des agriculteurs face aux récoltes

Les agriculteurs des Alpes-Maritimes tirent la sonnette d'alarme après un été marqué par trois vagues de chaleur intenses. Les fleurs des fruits ont brûlé, les récoltes sont en berne et la filière maraîchère du département s'inquiète pour les légumes d'hiver. Producteurs et représentants syndicaux témoignent d'une situation inédite, entre sentiment d'impuissance, pertes financières et questionnement sur l'avenir.

Des vagues de chaleur dévastatrices pour les cultures

Raphaël, producteur à Gattières, Drap et dans plusieurs autres communes du 06, explique n'avoir jamais connu une telle situation. « Celle de mai, ça allait, on a plutôt bien résisté, explique-t-il. Mais les deux autres nous ont mis à genoux. Les plantes n'en peuvent plus. » Il précise avoir travaillé à perte pendant trois semaines : « Je ne payais même pas mes employés avec ce que je ramassais. » Issu d'une famille de paysans, il détaille sa production : « Le gros de notre production, c'est la fraise de Carros et la courgette de Nice […] et la pastèque maintenant. On a 80 à 90 % en plein champ et 20 % sous serre. »

Manon Cozzolino, d'Agribio06, une association de soutien aux agriculteurs bios des Alpes-Maritimes, confirme des retours préoccupants. « J'ai des exploitations qui ont manqué d'eau. J'en ai même abandonné certaines quand j'ai fait le calcul de ce que ça allait me coûter de refaire un forage plus profond. C'est la première fois que j'abandonne quelque chose », raconte-t-il. De la montagne au littoral, en passant par les vallées, « les symptômes sont les mêmes : les bouquets floraux destinés à devenir des fruits brûlent en plein champ ou sous abri, malgré les dispositifs de protection contre le rayonnement comme le blanchiment de serre à base de chaux d'argile ou des voiles d'ombrage ».

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Vent, stomates et goûts modifiés : des effets multiples

À la chaleur s'ajoutent d'autres obstacles, comme le vent qui fait effet « séchoir », provoquant la fermeture des stomates et l'enroulement des feuilles. Résultat : des productions en berne, brûlées ou dont le goût et la valeur nutritionnelle sont modifiés. Manon Cozzolino cite le cas emblématique des clémentines de Corse, devenues moins acides sous l'effet du réchauffement climatique.

Face à cette situation, les agriculteurs tentent de s'adapter. « Les agriculteurs abandonnent ou recommandent de nouvelles séries de plants pour essayer de retarder au maximum les plantations. La majorité d'entre eux vont planter avec un mois de retard les choux, sans savoir comment ça va se passer… », poursuit Manon Cozzolino. Jean-Philippe Frère, président de la FDSEA 06, partage son inquiétude : « Le bénéfice qu'on avait au début, on l'a largement perdu maintenant. Les plantes ne font pas leur travail habituel, donc il y aura un impact automatiquement sur les légumes d'hiver. »

Eau, biodiversité et pouvoir d'achat : les autres inquiétudes

La ressource en eau reste la première préoccupation. « De ce côté-là, on ne sait plus où on en est, continue Raphaël. Nous, on a de la chance d'être dans la plaine, avec les forages, mais ceux qui sont sur les collines, le prix de l'eau a énormément augmenté. » La majeure partie des agriculteurs azuréens est raccordée au réseau d'eau potable et donc soumise aux restrictions de consommation. Il s'interroge : « La priorité, c'est que les gens puissent boire. Mais qui se soucie des agriculteurs ? Et que se passera-t-il quand les agriculteurs ne produiront plus rien ? » Jean-Philippe Frère ajoute : « On ne sait jamais quand on va nous couper l'eau. »

La biodiversité est également affectée, notamment la présence réduite des pollinisateurs. « Quand il fait trop chaud, les abeilles ne travaillent pas », constate Raphaël. S'ajoute le problème du pouvoir d'achat : « Avant, les ventes chutaient au 25 du mois, maintenant c'est dès le 10 ». Jean-Philippe Frère exprime son amertume : « Je pense que beaucoup de décideurs font un déni, on ne gère que les urgences. On n'a rien anticipé. C'est tout le système qu'il faut revoir. »

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Un projet pour étudier la réduction d'irrigation

Pour faire face à la problématique de l'eau, Agribio06 s'est lancé dans un projet visant à étudier les conséquences de la réduction d'irrigation sur les cultures légumières. « C'est un projet qui va réunir environ 6 agriculteurs du Haut et du Moyen Pays, pendant 3 ans, explique Manon Cozzolino. Des suivis seront effectués à l'aide de tensiomètres afin de comparer des modalités d'irrigation différentes pour comparer ensuite ce que ça modifie sur le rendement, le calibre du fruit, le goût. »

Les maraîchers du territoire, premiers acteurs de la souveraineté alimentaire des Alpes-Maritimes, s'inquiètent d'une baisse de rendement. « Certains agriculteurs vont changer complètement leur calendrier de production, commente encore Manon Cozzolino. Donc les légumes, soit ils n'arriveront plus, soit ils n'arriveront pas au même moment… Il va y avoir une baisse de rendement. La souveraineté alimentaire des Alpes-Maritimes n'est pas du tout élevée. Les maraîchers en sont les premiers acteurs. » « On plante et on croise les doigts », résume Raphaël, qui s'inquiète d'une multiplication d'événements climatiques extrêmes.