Tronçonneuse : l'éco-acousticien Jérôme Sueur dénonce un bruit qui blesse la forêt
Tronçonneuse : Jérôme Sueur dénonce un bruit qui blesse la forêt

Dans le cadre de la série « Ce bruit qui me rend fou » du « Nouvel Obs », l'éco-acousticien Jérôme Sueur, 54 ans, maître de conférences au Muséum national d'Histoire naturelle, livre un témoignage poignant sur son aversion pour le bruit de la tronçonneuse. Pour ce scientifique, ce son évoque immédiatement une forêt blessée, une perception qui s'est développée au fil de ses années d'écoute et d'enregistrement des paysages sonores naturels.

Un bruit qui évoque la blessure de l'arbre

« Le bruit de la tronçonneuse, erratique, représente bien l'objet : il démarre, accélère, s'arrête puis repart de plus belle. On entend les entailles dans le bois », explique Jérôme Sueur. Dès qu'il perçoit ce son, le plus souvent au loin, il visualise « l'arbre et la forêt blessée ». Cette obsession sonore s'inscrit dans un contexte plus large de préoccupation pour l'état de la biodiversité, que l'éco-acousticien étudie à travers les sons.

Jérôme Sueur, auteur de « Histoire naturelle du silence » (Actes Sud, 2023) et de « Frontières vivantes. De la porosité du monde, des cellules aux écosystèmes » (2026), a développé de nombreuses obsessions à l'encontre de certains bruits anthropiques. Il les perçoit comme une empreinte humaine écrasante sur les paysages sonores naturels, un constat qu'il a établi en passant des heures à enregistrer des sons, principalement en forêt.

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Une déformation professionnelle au service de la biodiversité

À l'ombre des arbres du campus Buffon, dans le 5e arrondissement de Paris, où se trouve son laboratoire de recherche, Jérôme Sueur ne peut s'empêcher de scanner tous les bruits autour de lui. « Déformation professionnelle », s'excuse-t-il. Un merle, le chant d'un troglodyte mignon, le ronronnement lointain d'un système de ventilation, le « bip » d'un camion de pompiers qui recule : tous ces sons sont autant d'indices pour comprendre le comportement des animaux et saisir l'état de la biodiversité.

Cette sensibilité accrue aux nuisances sonores anthropiques, comme la tronçonneuse, reflète son engagement scientifique. L'éco-acousticien écoute la nature pour mesurer l'impact humain, et son témoignage met en lumière la manière dont les sons peuvent révéler les blessures infligées aux écosystèmes forestiers.

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