Colère paysanne : 60 ans après le Crav, la même souffrance mais une violence plus politique
60 ans après le Crav, la colère paysanne toujours vive

Il n’y a plus d’époque ni de saison pour la colère paysanne. Celle-ci couve désormais toute l’année et les bourgeons explosent sans prévenir sous l’effet du changement climatique. La dernière action spectaculaire du Comité d’action régional viticole (Crav) remonte à janvier 2024, quand une explosion avait soufflé un bâtiment en travaux de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), à Carcassonne (Aude). Deux tags du Crav avaient été retrouvés sur place et une enquête ouverte.

Les racines historiques du Crav

Le mouvement puise ses origines dans la création des premiers syndicats vignerons au début du XXe siècle, mais il ne s’était formé officiellement sous cette appellation qu’en 1961. Ses premières actions radicales coïncidèrent avec la fin de la guerre en Algérie et, selon certains experts, le renfort d’anciens appelés formés aux techniques de la guérilla.

Blocages de routes, dégradations de bâtiments publics et incendies volontaires constitueront le terreau d’une escalade qui aboutira à une fusillade mortelle, le 4 mars 1976 à Montredon, dans l’Aude, marquée par les décès d’un CRS et d’un viticulteur. Ce drame terrible reste gravé dans les mémoires.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des motivations inchangées malgré une crise aggravée

Au fil des ans, les actions du Crav sont devenues plus discrètes. Mais ses motivations originelles – baisse de consommation de vin, surproduction, concurrence de vins étrangers, extension du marché unique européen – ne sont pas très éloignées de celles des syndicats qui ont pris le relais de la contestation. Aujourd’hui, Jeunes Agriculteurs, Confédération Paysanne et Coordination Rurale sont animés par les éléments d’une crise plus aiguë encore mais dont les ressorts n’ont pas foncièrement changé : les accords de libre-échange n’ont pas rendu l’Europe plus populaire et aux problèmes de déconsommation et surproduction se sont greffés ceux de dégâts liés aux aléas climatiques (grêle, sécheresse, canicule…).

Routes bloquées, dégradations de bâtiments et affrontements avec les CRS sont devenus la banale expression d’une colère qui vire au désarroi. Privé d’une véritable figure de proue, le Crav ne pèse plus très lourd dans ce paysage, ne comptant plus que sur quelques groupes isolés. « Des nostalgiques du rapport de force avec l’État, mais le mode d’action le moins contre-productif aujourd’hui reste la manifestation de masse pour peser sur une négociation », lâche sous le sceau de l’anonymat le membre d’un syndicat local.

La Coordination Rurale en première ligne

Les bonnets jaunes de la Coordination Rurale sont désormais en première ligne des actions les plus virulentes, avec un discours musclé. Et une violence aux contours parfois plus politiques. En novembre dernier, lors de son élection à la tête de la coordination rurale dans le Gers, l’éleveur Bertrand Venteau, nouveau président de la CR, avait publiquement déclaré : « Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau ». Ce qui avait poussé le parquet d’Auch à ouvrir une enquête pour « provocation publique non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit ».

Dans un mode d’« expression » à l’ancienne, bien plus proche de celui du Crav, au soir de la manifestation régionale du 15 novembre à Béziers, des viticulteurs avaient saccagé un magasin Lidl et vidé les cuves d’un négociant. Certaines traditions ont la peau dure.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale