Prom_14 : la pièce de Thierry Vimal pour les 10 ans de l'attentat de Nice
Prom_14 : la pièce de Thierry Vimal pour les 10 ans de l'attentat

Un texte brut, trash, cru et poétique

Dix ans après le drame de la Promenade des Anglais, les chroniques judiciaires de l'écrivain Thierry Vimal, père endeuillé, deviennent un seul en scène à La Semeuse. Un uppercut théâtral pour que l'attentat du 14 juillet à Nice trouve écho partout ailleurs.

Lorsque le verdict tombe le 13 décembre 2022 à Paris, point final du premier procès de l'attentat du 14 juillet 2016, ce fut plus un vertige qu'un soulagement. Face au vide, que faire de l'après ? Le procès a duré ce que durent les tragédies universelles : une éternité. Et c'est cette éternité, que l'écrivain Thierry Vimal, qui a perdu sa fille Amie, 12 ans, a disséquée. Compulsivement. Furieusement. De sa plume amère, puissante et pourtant douce. Pour mettre des mots sur sa souffrance. Pour traquer l'hypocrisie officielle et laisser une trace indélébile. Et, pour cet après, tellement inconnu.

« Au début je ne voulais pas aller au procès, puis je me suis dit ça serait bien si j'y allais pour faire un travail d'écriture », confie Thierry Vimal. « J'ai suivi l'audience pendant trois mois et demi et j'ai fait des chroniques. Tous les deux trois jours, en poésie narrative, en poésie libre. » Le flot a donné un texte brut, trash, cru et poétique, où le père endeuillé n'épargne personne. Même pas lui-même. Un blog, comme un scalpel tendu.

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Le texte brut, sans fioritures

Dix ans après le drame, ces chroniques acides et tendres s'offrent une nouvelle vie, réécrites en pièce de théâtre, « Prom_14 », pour que le drame niçois marque avec la même force historique que V13, nom de code des attentats de Paris. Élagué d'une dimension strictement personnelle, le texte a été adapté sous l'impulsion du metteur en scène engagé Jonathan Gensburger et du comédien Julien Storini. C'est ce dernier qui porte le poids d'incarner cette parole hors des clous sur les planches de La Semeuse à Nice, dans un décor ultra-resserré. Minimaliste au point d'évoquer - ironie - une cabine de camion ou un box des accusés…

« Beaucoup d'ironie, d'humour, de pédagogie », tempère l'auteur. « Qu'est-ce qu'un procès d'assises antiterroriste ? Comment ça fonctionne ? Il y a des portraits de parties civiles, d'avocats, de témoins, de policiers », décrypte Thierry Vimal. Pour l'équipe, porter un tel texte implique respect et devoir. « C'est beaucoup de responsabilité », admet le metteur en scène. « Qu'est-ce qu'on censure, qu'est-ce qu'on garde, qu'est-ce qui risquerait d'être trop trash, qu'est-ce qui risquerait d'être trop pleurnichard ou guimauve… En fait on se réfère à Thierry. C'est un peu notre cape d'immunité. On sait que si c'est validé par Thierry […] c'est le regard de Thierry, de l'homme, l'écrivain et la victime. »

Un trio décapant pour une pièce acide et douce

Sur scène, le travail s'est fait à trois mains pour s'approprier l'espace. Julien Storini explique cette alchimie : « Ce qui est super c'est que Thierry assiste à toutes les répétitions, donc il est aussi inscrit dans la mise en scène avec son regard. » Le trio a notamment façonné un prologue pour accueillir les spectateurs qui vont se trouver en tête à tête avec une plume « très frontale », « très directe ». Avec la mort en face.

L'objectif de Jonathan Gensburger est de poser un cadre : « Ce ne sera pas de la censure, il ne faut rien s'interdire. Mais il faut se mettre d'accord avec le public sur une sorte de code. Il faut leur donner la main un peu au début. Leur dire : “voilà ce qui va se passer, voilà où nous sommes, c'est bon, tout le monde est prêt, alors on y va.” » Cette tension dramatique sera rythmée par des airs iconoclastes : « Plutôt de la musique populaire », sourit Thierry Vimal. Julien Storini renchérit : « Il y a des références pop. À chaque fin de texte, ou à certains débuts, Thierry a voulu ponctuer le spectacle. » Attendez-vous à du Dick Rivers, puis, sans transition à Ghostbusters.

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Au-delà du discours officiel : une portée nationale

Le spectacle affiche déjà complet depuis longtemps pour les deux soirs prévus les 25 et 26 juin. « C'est plutôt une très bonne nouvelle […] Le théâtre refuse vraiment beaucoup de monde », se réjouit Jonathan Gensburger. « On ajoute donc une date, le samedi 27 juin à 21h ». Mais l'ambition de Prom_14 dépasse les frontières de la seule Nice endeuillée. Pour Thierry Vimal, la pièce doit s'exporter : « Si ça ne sort pas de Nice, ça veut dire que c'est une affaire niçoise, que c'est une histoire niçoise. Et ce n'est pas du tout une histoire niçoise, ça va beaucoup plus loin ».

Pour Jonathan Gensburger, Prom_14 a la force d'un contre-pouvoir nécessaire : « Il faut absolument que les gens s'emparent de ce qui s'est passé, en dehors des discours officiels. Dans les chroniques de Thierry, on était bien loin du discours officiel, dans la forme, dans le message. Et ça fait du bien. Thierry a beaucoup écrit sur la place supposée des victimes. Le rejet de : “soyez des victimes sages”, “soyez des victimes dociles”… Tout ce qu'il a pu écrire là-dessus, j'adhère complètement. Thierry a une façon de raconter les choses qui n'est pas forcément celle du pouvoir, et tant mieux. »

Théâtre La Semeuse. 2, montée Auguste Kerl (prolongement rue du Château) à Nice. 04.93.92.85.08. Prix des places : 12 euros. Réservations : lasemeuse.asso.fr