Il y a 80 ans, Pau protégeait ses Horizons Palois : 17 sites classés face aux Pyrénées
Que serait la ville de Pau sans ses Pyrénées ? Ces deux entités sont indissociables dans l'imaginaire collectif, formant un duo emblématique. Une balade sur le boulevard des Pyrénées offre une vue imprenable sur la chaîne de montagnes et ses coteaux environnants, un bien-être visuel rendu possible grâce à une décision historique prise il y a huit décennies.
Une protection patrimoniale née en 1944
Dans les années 1940, les habitants de Pau, considérant cette vue panoramique comme un membre de leur famille, ont exprimé le souhait de protéger sa fragilité. Le 18 avril 1944, un arrêté ministériel a classé ou inscrit 17 sites remarquables des coteaux, donnant naissance aux Horizons Palois. Cette appellation vise à préserver les paysages, tant naturels qu'artificiels, visibles depuis le boulevard des Pyrénées.
Parmi les sites protégés, on retrouve :
- Le terrain de Golf de Billère
- Le parc du Château de Perpignàa à Jurançon
- Les saligues bordant le Gave de Pau à Gelos et Mazères-Lezons
Au total, six communes sont concernées par cette mesure de protection : Billère, Bizanos, Gelos, Jurançon, Mazères-Lezons et Uzos. Cette initiative a permis de sauvegarder un patrimoine riche des Pyrénées-Atlantiques, aujourd'hui menacé par des défis comme le réchauffement climatique.
L'évolution de la perception des Pyrénées
Avant la construction du boulevard des Pyrénées, une promenade de 980 mètres reliant le château de Pau au palais Beaumont, érigée entre 1893 et 1899, les Palois tournaient le dos à la chaîne montagneuse. Les Pyrénées, alors perçues comme un monde obscur et effrayant en raison de légendes sinistres, n'étaient visibles que depuis le château, cachées ailleurs par des murets.
Cette perception a évolué à partir du XVIIIe siècle avec l'émergence du Pyrénéisme, un mouvement sportif, artistique et littéraire encourageant l'exploration des Pyrénées. Les montagnes, autrefois lugubres, sont devenues nobles et mystérieuses, attirant des touristes internationaux et favorisant le développement des sports d'hiver.
L'influence des poètes sur la préservation
L'arrêté de 1944 a également été influencé par les éloges de nombreux poètes. Au milieu du XIXe siècle, Alphonse de Lamartine, figure du romantisme, a écrit : « Pau est la plus belle vue de terre du monde comme Naples est la plus belle vue de mer. » Victor Hugo, dans son récit de voyage publié en 1890, a décrit les Pyrénées avec une poésie vive, éveillant les consciences sur la nécessité de préserver ce trésor.
Les écrits de Stendhal ont également joué un rôle crucial, soulignant l'importance de protéger cette vue sur l'« or blanc » des sommets. Aujourd'hui, alors que le changement climatique menace ce paysage, ces archives rappellent l'urgence de continuer à chérir et défendre ce patrimoine unique, fruit d'une histoire riche et d'une vision前瞻ive.



