Menton célèbre les 130 ans des faïences Perret-Gentil
Menton fête les 130 ans des faïences Perret-Gentil

La ville de Menton rend hommage à son patrimoine céramique en célébrant les 130 ans des faïences Perret-Gentil. Une exposition collective, menée par Marie-Hélène Roudier et un collectif d'artistes locaux, se tiendra tout le mois de septembre à la Boutique éphémère des Sablettes, avec la vente exclusive de pièces commémoratives. Cet événement coïncide avec les Journées du Patrimoine et met en lumière une tradition artistique souvent méconnue, qui a pourtant marqué l'histoire de la Côte d'Azur.

Une dynastie suisse installée à Menton en 1896

L'histoire des faïences Perret-Gentil débute en 1896, lorsque Eugène Perret-Gentil, d'origine suisse, rachète la poterie artistique de Marie Magnat dans la vallée du Borrigo, alors surnommée la « vallée du Progrès » en raison de la présence de nombreuses usines. Avec son fils Charles, il fonde la « Fabrique de Faïences d'art - Eug. Perret-Gentil & Fils », qui emploiera jusqu'à une dizaine de personnes. Dès le XIXe siècle, Menton s'impose comme une terre de prédilection pour la céramique, bien avant l'arrivée de Jean Cocteau, une réalité que peu de gens connaissent.

Charles Perret-Gentil prend la direction de la fabrique en 1922, après le décès de son père. Il abandonne progressivement la décoration florale, très prisée par les touristes aisés (Anglais, Russes, Allemands), au profit de la décoration peinte sous émail et de bibelots touristiques, jusqu'en 1933. Selon Agnès Roux, artiste-chercheur au Logoscope-Monaco, spécialisée dans l'histoire de la céramique azuréenne, « après la Première Guerre mondiale, de nouvelles normes se mettent rapidement en place. Les matériaux, les innovations techniques et les recherches formelles doivent dès lors répondre à la question de la fonctionnalité, ainsi qu'à une autre économie plus populaire ».

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De la destruction à la renaissance

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les bombardements détruisent les bâtiments de la fabrique. Charles Perret-Gentil décide alors d'ouvrir en 1947 les « Faïences mentonnaises » dans la villa familiale « Les Loggias », promenade du val de Menton, équipée d'un four électrique, remplaçant les anciens fours à bois. Aidé de son fils, de sa fille et de son gendre Robert Prauly, il produit des souvenirs et des poteries de Menton, notamment des arts de la table et des décors en citrons. La fabrique évolue en un atelier artisanal que Robert Prauly continue seul de 1962 à 1986, cherchant un successeur pour préserver la tradition.

C'est ainsi que Marie-Hélène Roudier, alors étudiante à l'École des Beaux-Arts de Toulon, entre en scène. En 1986, elle reçoit la transmission des savoir-faire des mains de Robert Prauly, qui en avait parlé à sa mère, une cliente. « En 1986, pour la première fois, l'atelier quittait le cercle familial. Je n'avais aucun lien de parenté avec ses fondateurs, mais j'avais peut-être l'essentiel : mentonnaise de souche et petite-fille d'artisan bijoutier, un profond attachement à Menton, à son histoire et à son patrimoine. J'ai mis mes pieds dans ses chaussures et j'ai suivi sa route ! » raconte la céramiste.

Un métier exigeant et passionnant

Marie-Hélène Roudier se souvient des avertissements de sa mère : « “Réfléchis bien. Tu t'engages dans un métier artisanal où il faut vivre de son travail, avec des gestes répétés au quotidien”. Et elle a eu cette phrase amusante : “Attention Marie-Hélène… des citrons, des citrons, toujours des citrons !”… Et je lui ai répondu : “Oui, mais des petits, des grands, des branches chargées de fruits ou un citron tout seul… Et puis il y a le travail de la terre”. »

Depuis quarante ans, elle perpétue les gestes transmis de génération en génération, avec le souci de retrouver les couleurs, les décors et l'esprit des céramiques mentonnaises. « C'est difficile de maintenir vivant un patrimoine, tout en essayant de le faire évoluer et de le rendre pérenne. Mais c'est un métier où l'on ne cesse jamais d'apprendre et je ne m'en suis jamais lassée, car chaque pièce est différente, chaque décoration est un nouveau défi ! » souligne-t-elle.

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Une modernisation fidèle à l'identité

Au fil du temps, Marie-Hélène Roudier a modernisé les pièces avec des formes plus épurées et des citrons fins et plus élégants, qui restent l'emblème de la céramique mentonnaise. Elle a également développé un art de la table entre terre et mer, avec des services aux citrons redimensionnés, des assiettes ardoise, des coupelles en forme d'oursins avec un fond couleur écume, des plateaux en forme de galets ou encore des plats aux couleurs de la mer de Menton. « J'ai voulu apporter une touche de modernité, tout en restant fidèle à l'identité des Faïences Mentonnaises. Innover sans trahir ces 130 années, qui ont façonné une part de l'âme de Menton », explique-t-elle.

Depuis 2019, elle enseigne à l'École Municipale d'Arts Plastiques de Menton, transmettant à son tour son savoir-faire. La période du confinement a été un véritable tournant pour elle, lui permettant de développer davantage sa créativité.

Exposition à la Boutique éphémère des Sablettes

L'exposition se tiendra du 2 au 30 septembre, de 10 h 30 à 23 h, tous les jours, à la Boutique éphémère des Sablettes. Le vernissage aura lieu le jeudi 3 septembre à 18 h. Marie-Hélène Roudier sera accompagnée de la céramiste Josiane Tricotti, spécialiste du patrimoine mentonnais. Cette exposition collective rendra hommage à l'histoire de la céramique mentonnaise et proposera à la vente des pièces commémoratives des 130 ans des faïences Perret-Gentil, une occasion unique pour les amateurs et collectionneurs.