Le Vieux-Port de Marseille pourrait renouer avec son passé grâce à la reconstruction du pont transbordeur, détruit par les Allemands le 22 août 1944. L'architecte nantais Paul Poirier, qui y travaille depuis dix-huit ans, estime que l'ouvrage pourrait voir le jour autour de 2033, si les collectivités locales valident le projet.
Un projet porté par un architecte passionné depuis 18 ans
Paul Poirier, né à Nantes en mai 1958, a une obsession : reconstruire le pont transbordeur de Marseille. « Je suis né à Nantes en mai 1958, au même moment où l'on finissait de démolir le pont transbordeur de la Cité des Ducs de Bretagne », explique-t-il. Cette coïncidence l'a poussé à se tourner vers Marseille, convaincu que sa ville natale, « une ville de fond de fleuve désormais », avait tourné le dos à son passé maritime.
L'architecte s'inspire de Bilbao, dont le pont transbordeur, reconstruit après la Guerre civile espagnole, est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2006. Il veut faire de son ouvrage un nouvel emblème de la cité phocéenne, aux côtés de Notre-Dame de la Garde. « Malgré les difficultés de Marseille, les habitants sont très attachés à ce que leur ville soit visible à l'international. Ils ont besoin d'afficher leur identité. Après la construction du Mucem, ce pont transbordeur serait un incroyable symbole de la réappropriation du front de mer », affirme-t-il.
Un ouvrage multimodal et moderne
Le projet de Paul Poirier se veut utile et tourné vers l'avenir. « Le pont, tel que je l'ai imaginé, est à la fois un rappel de l'identité forte du port et un ouvrage moderne qui fonctionnera pendant des décennies », assure-t-il. Conçu comme un ouvrage multimodal, il permettra, grâce à une nacelle située à 3 mètres au-dessus de l'eau, aux piétons, cyclistes, bus, camions de livraison et véhicules prioritaires de traverser le Vieux-Port. Sa partie haute, culminant à une centaine de mètres, pourrait devenir « la plus belle rue de Marseille ».
Pour ce projet, l'architecte s'est rapproché de l'ingénieur Michel Virlogeux, connu pour le viaduc de Millau et le pont de Normandie.
Un financement 100 % privé et un soutien politique
Le coût du projet est estimé entre 100 et 130 millions d'euros, entièrement financé par des fonds privés. « On table sur un million de visiteurs par an. Marseille est une ville qui attire. On sera au-dessus. Le projet économique a été expertisé, validé », précise Paul Poirier.
Le soutien politique semble acquis. Paul Poirier affirme que Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, « a toujours soutenu le projet », et que l'équipe de Benoît Payan, maire de Marseille réélu en mars dernier, « partage le même enthousiasme ». Il a rendez-vous en septembre avec les représentants des autres collectivités (Département, Métropole et Grand port maritime de Marseille). Renaud Muselier, joint pendant ses vacances, confirme : « Ce projet a beaucoup d'atouts. Comme Sydney est indissociable de son opéra, l'image de Marseille à travers le monde bénéficierait sans doute de la construction d'un pont transbordeur à l'entrée du Vieux-Port. Attention, je ne suis pas dans la nostalgie, mais dans la modernité. » Il ajoute que le projet pourrait être présenté lors de la prochaine Foire de Marseille.
Si tout se passe bien, le pont transbordeur pourrait être reconstruit autour de 2033, près de 90 ans après sa destruction.



