Marc Bloch à Fougères : un hameau creusois refuge du grand historien
Marc Bloch à Fougères : refuge du grand historien

En 1940, alors que la France vit l'une des périodes les plus sombres de son histoire, l'historien Marc Bloch trouve refuge dans un hameau discret de la Creuse : Fougères. C'est dans ce lieu isolé qu'il achève la rédaction de "L'Étrange Défaite", un ouvrage qui analyse les causes de l'effondrement militaire français face à l'Allemagne nazie. Ce séjour, qui s'étend de juin à septembre 1940, marque un tournant dans la vie de l'intellectuel, qui rejoint ensuite la Résistance.

Un refuge dans la Creuse

Fougères, aujourd'hui un hameau de la commune de Saint-Agnant-de-Versillat, compte alors à peine une dizaine de maisons. C'est là que Marc Bloch, professeur d'histoire économique à la Sorbonne et ancien combattant de la Première Guerre mondiale, se retire avec sa famille après la débâcle. Selon les archives locales, il loue une maison appartenant à la famille de son épouse, Simonne Vidal. Le calme du lieu lui permet de travailler dans des conditions difficiles, sans accès à ses bibliothèques ni à ses notes personnelles.

La rédaction de "L'Étrange Défaite"

Bloch entame la rédaction de son livre dès juillet 1940, dans un contexte de censure et de propagande. Il y dénonce notamment l'incapacité du commandement français à s'adapter à la guerre moderne. "L'Étrange Défaite" ne sera publié qu'à titre posthume, en 1946, grâce aux efforts de sa veuve et de ses collègues. L'ouvrage devient rapidement une référence pour comprendre la défaite de 1940. Selon l'historien Olivier Dumoulin, spécialiste de Marc Bloch, "c'est un texte écrit à chaud, mais d'une lucidité remarquable".

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Un acte de résistance intellectuelle

Le séjour à Fougères n'est pas qu'un simple refuge : il prépare l'engagement de Bloch dans la Résistance. En 1943, il rejoint le mouvement Franc-Tireur à Lyon, sous le pseudonyme de "Narbonne". Arrêté par la Gestapo en 1944, il est torturé puis fusillé le 16 juin 1944, près de Lyon. Sa mort fait de lui un symbole de l'engagement des intellectuels contre le nazisme. Aujourd'hui, une plaque commémorative est apposée sur la maison de Fougères, rappelant le passage de celui qui fut aussi cofondateur de l'École des Annales.

Un héritage préservé

Le hameau de Fougères attire chaque année quelques visiteurs, passionnés d'histoire ou simples curieux. La maison, propriété privée, n'est pas ouverte au public, mais la plaque et le paysage environnant témoignent de cet épisode méconnu. Selon la mairie de Saint-Agnant-de-Versillat, "nous sommes fiers que notre commune ait pu offrir un havre de paix à un tel homme". Des conférences et des visites guidées sont organisées ponctuellement pour mettre en lumière ce patrimoine historique.

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