Du 1er au 3 octobre 2026, Mende accueille les 39es Journées d'études des conservateurs des antiquités et objets d'art de France. Cette année, l'événement met en lumière le patrimoine mobilier rural, souvent méconnu mais essentiel pour comprendre l'histoire des campagnes. En Lozère, le patrimoine ne se trouve pas seulement derrière les portes des grands monuments. Il se cache aussi dans les églises de village, au fond des sacristies et dans les bâtiments communaux. Des objets parfois modestes, parfois vieux de plusieurs siècles, qui ont traversé les générations sans toujours être identifiés comme des trésors patrimoniaux.
Le patrimoine mobilier, un témoin des usages de l'époque
« En ruralité, on a une sorte de complexe d'infériorité. On pense à tort qu'on n'a pas d'artistes ou d'objets remarquables », introduit Isabelle Darnas, conservatrice des antiquités et objets d'art au Département de la Lozère. Le président de l'association, Emmanuel Moureau, conservateur du Tarn-et-Garonne, semble du même avis : « Les objets qui sont issus de la ruralité peuvent parfois sembler modestes sur le plan esthétique. » Pourtant, cette simplicité témoigne précisément de la réalité des sociétés rurales d'autrefois. « À ce titre, ils constituent une part essentielle de notre patrimoine et méritent d'être identifiés, étudiés et préservés », poursuit le président.
Cette thématique a été choisie par Isabelle Darnas pour inviter à regarder autrement ces témoins discrets de l'histoire rurale. Une majorité de départements était représentée lors de ces journées d'études.
Quand un objet présente-t-il un intérêt patrimonial ?
Mais sur quels critères un objet peut-il être reconnu comme présentant un intérêt patrimonial ? « Parfois cela peut être un objet simple mais unique. Il sauvegarde les traces de ce qui faisait sens dans la société à son époque et ainsi permet de mieux comprendre notre histoire », explique posément Emmanuel Moureau. Depuis vingt ans, l'association a opéré un virage sur la nature des objets qui méritent une conservation. Maintenant, l'intérêt se tourne aussi vers le mobilier scientifique, industriel, civil et privé. « Par exemple, on a inscrit un camion épicerie qui, à l'époque, faisait le tour des villages. Cela permet de conserver une mémoire très locale de la vie d'antan », se réjouit le président de l'association.
Les conservateurs et leur mission de mémoire
Reconnaître ces objets leur confère une protection juridique et permet leur restauration. Les conservateurs d'antiquités et d'objets d'art de France sont agréés par le ministère de la Culture pour cette mission. « Au Département, je réalise des inventaires d'objets. Je me rends sur le terrain, dans les communes et je rencontre les élus. Les membres de l'association ont tous une formation en histoire de l'art et sont sélectionnés sur CV », rappelle Isabelle Darnas. Ces journées sont l'occasion pour les conservateurs de présenter leurs travaux sur le mobilier rural via leurs articles. « C'est l'occasion d'apprendre, de se rencontrer et d'échanger. Voir ce qui se fait ailleurs et faire connaître des patrimoines locaux », explique Emmanuel Moureau.
En partageant leurs inventaires et leurs recherches, les conservateurs contribuent à faire émerger des objets longtemps restés en marge du patrimoine. Reste désormais à savoir combien d'autres attendent encore, dans les communes rurales, d'être identifiés comme les témoins d'une histoire locale.