Fresque Moatti à Saint-Laurent-du-Var : conflit juridique entre l'artiste et la mairie
Fresque Moatti : bras de fer juridique à Saint-Laurent-du-Var

Le passage Moatti, situé près de Cap 3000 à Saint-Laurent-du-Var, abrite depuis décembre 2010 une fresque murale de 900 m² conçue par l'artiste plasticien Raimond Hommet. Seize ans plus tard, les céramiques s'effritent et le litige entre l'artiste et la municipalité s'est déplacé sur le terrain juridique. Par une mise en demeure adressée le 9 juillet 2025, l'avocat de l'artiste, Maître Olivier Castellacci, dénonce « des démontages non concertés de sections entières de mosaïques » et « l'abandon de tout programme de conservation ».

Une œuvre solidaire qui se dégrade

Le projet avait mobilisé une dizaine de jeunes en réinsertion, encadrés par l'école Pro Artigraph de Nice. Ce projet solidaire avait coûté 103 000 euros, financé « quasi totalement par la commune », expliquent les élus de l'époque. L'artiste avait lui-même apporté 30 000 euros de matériaux via des partenaires privés. Aujourd'hui, l'artiste dénonce l'attitude des services municipaux : « Les services de la mairie ont démonté toute une partie de la fresque sans rien me demander, dégradant l'œuvre, alors que ces pièces n'étaient pas du tout dangereuses. »

Raimond Hommet affirme avoir proposé un devis de maintenance dès l'élection de la nouvelle municipalité en 2014 : « J'avais proposé un devis de restauration de l'ordre de 3 000 à 4 000 euros, mais la mairie n'a pas donné suite. » Il se dit cependant « ouvert à un accord amiable » pour « un effacement partiel ou total de l'œuvre, sous réserve d'un accord préalable écrit et d'une juste indemnisation ».

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La mairie invoque la sécurité et les finances

Face au risque de voir ces carreaux « tomber sur des passants » et de « blesser des personnes », selon le maire (Nouvelle Énergie) de Saint-Laurent-du-Var, la mairie a retiré des pans de l'œuvre. Une mesure contestée par l'avocat de l'artiste, qui dénonce des « démontages sous un prétexte de dangerosité ». Joseph Segura souligne des défauts initiaux : « Les évacuations d'eau n'ont pas été étudiées en amont. Un rapport de 2014 a relevé différents défauts affectant la durabilité de l'œuvre. »

Face au coût de 172 000 euros estimé par l'artiste pour une restauration, Joseph Segura se montre catégorique : « Les sommes qu'il nous demande ne correspondent pas du tout à ce qu'on souhaite. Les Laurentins ne comprendraient pas qu'on puisse payer un artiste qui ne s'est pas assuré avant que son œuvre soit réalisée dans de bonnes conditions. » D'autant que l'avenir du passage Moatti est compté : « Dans le cadre d'une troisième voie ferroviaire et de l'arrivée de la ligne TGV, le passage Moatti va changer et muter d'ici quelques années. On ne va pas gaspiller de l'argent public alors que des mouvements vont s'opérer. »

Le conflit prend une tournure politique

Le député (Rassemblement national), Cyril Tribuiani, dénonce « la gestion calamiteuse » et « l'incurie municipale » : « Je refuse que les Laurentins soient condamnés au silence et à l'opacité sur un dossier qui concerne directement leur patrimoine. » L'artiste rappelle que « Raimond Hommet demeure titulaire d'un droit moral perpétuel, inaliénable et imprescriptible sur son œuvre » face aux rumeurs de destruction ou de recouvrement.

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