À Alès, le projet de rénovation urbaine du Faubourg du Soleil prévoit la conservation partielle de l'hôtel particulier du XIXe siècle situé à l'entrée de la rue de la Cavalerie. Le maire Christophe Rivenq assure que des éléments notables, comme les portes ou les linteaux, seront préservés, mais l'emprise du bâtiment empêchera une sauvegarde intégrale. L'association de sauvegarde du patrimoine alésien se mobilise pour éviter de répéter les erreurs du passé, lorsque l'ancien maire socialiste Paul Béchard avait fait raser le centre ancien.
Un projet qui réécrit l'histoire du quartier
Le Faubourg du Soleil, dont la première partie de la rue de la Cavalerie comporte des vestiges architecturaux du XVIIIe et XIXe siècle, ainsi que des caves portant des traces d'un vestige templier, est au cœur de ce projet immobilier. Selon Anne-Claire Navarro, auteure d'un inventaire du patrimoine cultuel roman et médiéval d'Alès Agglomération, la rue de la Cavalerie doit être observée depuis le sommet de l'Ermitage pour comprendre son importance historique. « Cette rue de la Cavalerie, il faut la regarder depuis le sommet de l'Ermitage, explique-t-elle. Ici, on devine la colline de Saint-Germain de Montaigu portant les ruines du château fort des Bernard d'Anduze, dont l'accès se faisait par cette rue. »
Le nom de la rue provient des chevaliers du Temple, dont l'ancienne commanderie s'élevait dans ce secteur avec l'église Sainte-Agathe, dont les pierres ont été réemployées pour la tour de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. Le site est chargé d'histoire, et l'hôtel particulier de 1875, bien que postérieur à cette période, contribue à faire revivre ce passé. Le mur cyclopéen d'un oppidum gallo-romain, dont l'enceinte atteignait les rives du Gardon au niveau du quartier de Rochebelle, est également visible depuis ce point culminant.
La mobilisation des défenseurs du patrimoine
Pierre, un Alésien qui a vécu dans le centre ancien jusqu'à 12 ans, témoigne de son traumatisme face à la destruction de sa ville dans les années 60 par Paul Béchard. « Je suis né à Alès, j'ai vécu dans le centre ancien jusqu'à 12 ans, puis j'ai vu raser ma ville, confie-t-il. Alors, quand j'ai vu ce nouveau bâtiment gris construit dans le Faubourg du Soleil et l'annonce de la destruction de cette rue de la Cavalerie, j'ai dit stop ! » Il rappelle qu'une association s'était montée lors du projet de destruction de la caserne Thoiras, rue Pasteur, et que les opposants avaient gagné. Depuis les années 90, déplore-t-il, « on détruit morceau par morceau. Ou on construit sans réflexion, comme les Prés Saint-Jean que l'on détruit aujourd'hui parce que c'était stupide de le faire là. L'habitat social, c'est important, mais on a vendu la ville aux promoteurs. Pour faire des affaires à Alès, devenez promoteur ! »
L'action de Paul Béchard (1899-1982) a valu à Alès d'être qualifiée de « ville de France bombardée en période de paix ». Le maire actuel, Christophe Rivenq, se dit pour sa part « un défenseur du patrimoine ». Depuis le lancement du projet de rénovation du Faubourg, il y a près de sept ans, la mesure de la situation a imposé de réajuster le projet afin de trouver « un équilibre entre les questions techniques et l'intérêt du patrimoine ».
Conservation partielle et contraintes techniques
Concernant l'hôtel particulier de la rue de la Cavalerie, « en lien avec les architectes des Bâtiments de France », il sera procédé à la conservation d'éléments notables (portes, linteaux, éléments architecturaux). Toutefois, l'emprise du bâtiment et sa connexion avec un autre bâtiment du côté de la rue du Faubourg du Soleil, avec des interniveaux, ne le sauveront pas dans son intégrité. Son emprise ne permettrait pas l'alignement avec le faubourg, et dans le cas d'une préservation intégrale, les coûts de travaux seraient trop élevés pour inciter des investisseurs (110 logements). À droite de la rue, un autre immeuble, « impossible à rénover », sera détruit. Le nouveau visage du quartier apparaîtra à la fin de l'année 2030.
Pierre Alais, toujours mobilisé, est direct : « On s'étonne aujourd'hui de n'attirer personne, mais c'est parce que cette ville n'a plus de charme avec toutes ces constructions d'inspiration socialo-communiste ! Il faut sauver le peu qui existe encore. » En attendant la mise en valeur des éléments préservés, deux mosaïques gallo-romaines découvertes en 2008 et 2025 sur la pente de l'Ermitage pourraient bénéficier d'un projet de mise en valeur publique, assure le maire Christophe Rivenq.



