Le tribunal administratif de Caen a suspendu, lundi, la décision de la mairie de Deauville de retirer une photographie du photojournaliste gazaoui Jehad Alshrafi, exposée dans le cadre du festival Deauville Sport Images. Le juge a estimé que ce retrait n'était pas « une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée, prise en vue de la préservation de l'ordre public ».
Une photographie retirée sans explication
Le cliché, qui montrait deux équipes de footballeurs s'affrontant au milieu d'immeubles complètement détruits par les bombardements de l'armée israélienne, avait été discrètement retiré dans le courant du mois d'août. Secrétaire de la section du Parti socialiste de la Côte fleurie (Calvados), Sylvain Larcher avait fait part de son indignation auprès de la mairie de Deauville, s'étonnant de la disparition de cette image, sans aucune explication.
L'association à l'origine de la saisine n'a pas été nommée dans le jugement, mais la décision du tribunal fait suite à une procédure engagée contre la commune.
La défense de la mairie jugée insuffisante
Lors de l'audience, l'avocate de la mairie de Deauville, Marie-Thérèse Sur-Le Liboux, avait axé sa défense sur le risque de trouble à l'ordre public et sur un « déferlement de haine » observé par la municipalité sur les réseaux sociaux. Elle n'a toutefois pas pu préciser ni la teneur de ces messages ni sur quels réseaux ils ont été diffusés.
Le juge a relevé que la commune ne faisait état d'aucun incident ni d'aucune manifestation depuis le début de l'exposition, le 6 juin 2026. Il en a conclu que le retrait n'était pas justifié par la préservation de l'ordre public.
Une possible destruction de la photo
La mairie a fait valoir devant le tribunal qu'il fallait six jours pour réimprimer la photo sur une nouvelle bâche avant de la réinstaller à son emplacement initial, ce qui sous-entend que l'œuvre aurait été détruite. « Si c'est le cas, nous n'en resterons pas là », a prévenu la présidente de l'Observatoire de la liberté de création, dont le nom n'a pas été communiqué.
La décision du tribunal administratif de Caen impose donc à la commune de réinstaller la photographie dans un délai de six jours, sous peine d'astreinte. L'affaire pourrait connaître de nouveaux développements si la mairie ne s'exécute pas ou si la destruction de l'œuvre est confirmée.



