Cinq anecdotes méconnues sur Peymeinade, entre histoire et légendes
Cinq anecdotes méconnues sur Peymeinade

Peymeinade, village de l'arrière-pays grassois, recèle de nombreuses histoires méconnues. De la rocambolesque « guerre de l'eau » au viaduc dynamité par les nazis, en passant par la mythique Lolo Ferrari, ces anecdotes révèlent un patrimoine riche et surprenant. Jacques Nicolle, ingénieur de formation et passionné d'histoire locale, a consigné ses découvertes dans un ouvrage intitulé « Peymeinade à pas contés ».

La naissance de Peymeinade, dans l'ombre de Cabris

Pour comprendre Peymeinade, il faut remonter le temps et se tourner vers Cabris, qui régna longtemps en seule maîtresse sur ces terres. Durant la période médiévale, des moines venus de l'île de Lérins s'aventurent dans la vallée de la Siagne pour cultiver la terre et nourrir leur abbaye. « Ils étaient 500 sur l'île Saint-Honorat. Il fallait bien qu'ils se nourrissent, et ce ne sont pas les terres de l'île qui pouvaient y suffire. Ils avaient donc colonisé les terres par ici pour cultiver », explique Jacques Nicolle. C'est en leur honneur que les armoiries de la ville représentent deux moines, l'un tenant une houe, l'autre une faucille.

Au XIVe siècle, les épidémies de peste et les bandes de routiers vident le terroir de Cabris de ses habitants. Il faut attendre 1496 pour que Balthazar de Grasse, le seigneur de Cabris, fasse venir cinquante-deux familles des environs de Menton afin de repeupler le village. Alors que la population grandit petit à petit, à la fin du XVIIe siècle, des paysans quittent les hauteurs de Cabris pour s'installer en contrebas, sur une petite colline, la « Pey-meinada ». « Pey » signifie la colline et « meinada » la petite fille, ou l'enfant. En 1724, la population ayant fortement augmenté, Peymeinade devient une bourgade. Après plusieurs tentatives infructueuses depuis 1790, Cabris n'étant pas prêt à se séparer de ces terres, Peymeinade obtient enfin son indépendance et devient une commune à part entière le 19 juin 1868. Elle compte alors 545 habitants.

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Des chapelles protectrices et la « guerre de l'eau »

L'essor démographique du village se lit à travers son patrimoine religieux. Dès 1724, les habitants érigent une première chapelle. Devenue trop étroite, elle est reconvertie en sacristie pour laisser place à la nouvelle église Saint-Roch, achevée en 1753. Le choix de ce saint patron, protecteur contre la peste, est hautement symbolique : la légende locale raconte qu'atteint par la maladie, Saint-Roch allait mourir dans un bois lorsqu'un petit chien est venu panser ses plaies et lui apporter du pain. L'animal est devenu le symbole de la fidélité. Un peu plus tard, vers 1760, les Peymeinadois construisent la chapelle Saint-Marc, dédiée au protecteur de la vigne et du blé. Au XIXe siècle, les femmes s'y pressent à la Saint-Marc, le 25 avril, pour faire bénir leurs œufs de vers à soie et s'assurer de belles récoltes. L'édifice témoigne encore de cette vie agricole, illustrée par des fresques murales représentant vendanges, moissons et farandoles.

L'année 1868 marque un autre tournant décisif pour la commune : l'arrivée du canal de la Siagne. « Ça a été un événement pour Peymeinade ! L'eau coulait des fontaines, c'était fabuleux », explique Jacques Nicolle. Financé par l'Anglais Lord Brougham pour alimenter Cannes, en plein développement touristique, ce canal de 45 kilomètres va attiser toutes les convoitises locales. En cause, l'eau est rare dans les hauteurs du pays grassois. « Chaque commune a voulu avoir un petit bout du canal ». Le problème : ce dernier ne desservait que les localités situées en contrebas, faisant des jaloux, notamment Cabris, perché plus en hauteur. Résultat ? Une frontière d'une complexité rare. « Si vous regardez le découpage des communes, c'est la folie. Quand on longe le canal, on n'arrête pas de changer de commune : on passe de Peymeinade à Spéracèdes, et de l'autre côté on est au Tignet. » Le clou du spectacle revient à Spéracèdes, situé au-dessus du cours d'eau. « Pour qu'ils aient leur petit bout de canal, la frontière a été déformée. C'est ce que j'appelle “l'appendice” ! »

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Le viaduc dynamité et les célébrités

L'actuel office de tourisme et la salle des fêtes cachent un autre pan de l'histoire locale : l'ancienne gare de la ligne Nice-Meyrargues. Cette ligne qui s'étendait sur 210 km avait nécessité des travaux de construction colossaux. Pour permettre au train de franchir la vallée de la Siagne, qui sépare le Var des Alpes-Maritimes, un viaduc haut de 72 mètres et long de 231 mètres avait été érigé. Mais cette épopée ferroviaire, pendant laquelle les trains ont circulé jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, a connu une fin tragique. Le matin du 24 août 1944, alors que le village est encore plongé dans l'euphorie de la Libération, un petit commando allemand fait sauter des charges explosives. Le viaduc s'effondre, laissant derrière lui des vestiges encore visibles aujourd'hui. Depuis ce jour, la ligne n'a jamais été rétablie.

Au fil des décennies, Peymeinade a aussi vu passer quelques personnalités. « C'était une région assez demandée », affirme Jacques Nicolle. Ainsi, Bernard Pons, grand homme politique français, ministre sous Jacques Chirac, y a par exemple résidé. Dans un tout autre registre, Ève Vallois, plus connue sous le pseudonyme de Lolo Ferrari, icône plastique et médiatique des années 1990, a elle aussi vécu dans la commune.