Abbaye de Daoulas : neuf siècles d'histoire entre plantes poisons et écoliers
Abbaye de Daoulas : neuf siècles d'histoire et contrastes

Entre pierres médiévales, carré de plantes mortelles et rires d’écoliers en fond sonore, l’abbaye de Daoulas cultive l’art du contraste. Ce joyau patrimonial, niché dans un bourg au fond de la rade de Brest, est aussi un lieu de vie, de transmission et de découverte, où près de neuf siècles d’histoire dialoguent avec le présent.

Un édifice fondé au XIIe siècle

Fondé au XIIe siècle par les chanoines réguliers de Saint-Augustin, le site conserve des éléments remarquables : son église associe les lignes épurées de l’art roman à des remaniements gothiques réalisés au fil du temps. Son cloître, l’un des mieux conservés en Bretagne, offre un précieux témoignage de l’organisation des communautés conventuelles du Moyen Âge. À quelques pas, la fontaine et l’oratoire du XVIe siècle rappellent le rayonnement dont bénéficia l’établissement à la Renaissance.

Une histoire mouvementée

Sous la conduite de Pierre Nedelec, adjoint de direction de l’Abbaye, on apprend que le domaine, vendu comme bien national pendant la Révolution, a changé plusieurs fois d’usage avant d’être transformé en demeure bourgeoise au XIXe siècle. Dans les années 1950, il est acquis par une congrégation franciscaine, dont les sœurs dispensaient leurs savoirs auprès des enfants du village. Lorsque le département du Finistère rachète le domaine en 1984, une clause originale accompagne la transaction : l’école maternelle et primaire installée dans l’enceinte doit être conservée. Aujourd’hui encore, les voix des gamins résonnent à proximité des vestiges médiévaux, faisant de Daoulas un ensemble habité au sens propre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des jardins aux mille vertus

Le site doit également sa renommée à ses jardins « aux mille vertus », dédiés aux essences médicinales et aromatiques, héritiers des pratiques monacales d’antan. Y figure notamment un carré de « plantes poisons », où poussent aconit, belladone, datura, cigüe et colchique. Ces espèces toxiques, mais longtemps utilisées dans l’art de guérir, nourrissent aussi un imaginaire renvoyant aux « dames des simples », à la magie et aux procès en sorcellerie.

Exposition estivale sur la sorcellerie

Le lien est tout trouvé avec l’exposition estivale de l’abbaye, dont la programmation s’articule autour des sociétés, des croyances et des représentations du monde. Riche en pièces rares prêtées par 45 institutions, dont le Louvre et le Quai Branly, « Ma Sorcière mal nommée » explore, sous le commissariat d’Edith Joseph et de Pierre Tchekhoff, les multiples visages de la jeteuse de sorts, tour à tour guérisseuse, savante, marginale et figure d’émancipation.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale