Chaque été, des millions de vacanciers empruntent l'autoroute A9, mais peu connaissent les trésors historiques dissimulés le long de cet axe. Midi Libre vous propose une série sur les coulisses de cette route incontournable, révélant des aires de repos qui sont de véritables portes d'entrée vers le passé.
Le château de Salses, une forteresse imprenable accessible depuis l'autoroute
À Salses, dans les Pyrénées-Orientales, l'aire de repos de l'autoroute offre un accès direct au château de Salses, qualifié d'"aire remarquable" par Vinci, le gestionnaire de l'autoroute. En seulement 10 minutes de marche, les visiteurs peuvent admirer une forteresse catalane réputée imprenable, "seul exemple d'architecture espagnole sur le territoire français, une véritable curiosité", selon Vinci.
Construit en 1496 sur ordre de Ferdinand II d'Aragon et d'Isabelle de Castille, le château a traversé les conflits entre la France et l'Espagne, passant d'un royaume à l'autre jusqu'au traité des Pyrénées en 1659. Depuis, le Roussillon et la forteresse sont restés français. En 1683, Salses abritait 18 prisonniers liés à l'affaire des poisons, un scandale de magie noire et de sorcellerie qui a éclaboussé la cour de Louis XIV, jusqu'à sa maîtresse Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart. Catherine Deshayes, dite "La Voisin", accusée de fournir des poisons et d'organiser des pratiques occultes, a été brûlée vive en 1680. Les 18 accusés, emprisonnés dans les geôles de Salses, ont mystérieusement disparu la nuit du 14 juillet. Aujourd'hui, l'édifice accueille plus de 100 000 visiteurs par an.
L'aire d'Ambrussum, sur les traces de la Via Domitia
Plus à l'est, à Lunel, l'aire d'Ambrussum tire son nom de la première route romaine construite en Gaule. Située sur la commune de Villetelle, l'ancien oppidum gallo-romain est connu pour son pont antique sur le Vidourle et les vestiges de la Via Domitia. Il se trouve à à peine 1 kilomètre de la sortie 27 (Lunel-Sommières) sur l'A9, offrant une plongée dans l'Antiquité romaine.
L'aire de Caissargues et le théâtre fantôme de Nîmes
Sur l'axe Montpellier-Orange, à hauteur de Nîmes, un détour par l'A54 en direction d'Arles mène à l'aire de Caissargues, près de Garons. C'est là qu'ont été transportées les colonnades de l'ancien théâtre de Nîmes, détruit par un incendie au milieu du XXe siècle. Pendant des décennies, la façade de ce théâtre fantôme est restée en place sur l'aire.
Le 27 octobre 1952, le théâtre de Nîmes, situé près de la Maison Carrée, a été ravagé par un incendie criminel. L'artiste lyrique Eva Closset, furieuse de ne pas avoir décroché l'engagement espéré pour la saison, a mis le feu par vengeance. Condamnée à 7 ans de prison, elle a scellé le sort du théâtre qui ne renaîtra jamais de ses cendres. Le site a ensuite accueilli un camping, fréquenté la nuit par des prostituées, avant d'être investi par le Carré d'Art, inauguré en 1993. Ces aires de l'A9 offrent ainsi aux voyageurs une occasion unique de réviser l'histoire de France, de la conquête romaine aux scandales de l'Ancien Régime.



