Yannick Noah : « L'époque est terne parce qu'on en parle négativement »
Yannick Noah : l'époque est terne car on en parle mal

Yannick Noah, l'une des personnalités préférées des Français, sort l'album « Bonheur Indigo » après un périple de deux ans et demi en famille à travers les Caraïbes. Dans un entretien, il confie son refus de sombrer dans la sinistrose ambiante et livre sa recette du bonheur.

L'aventure en mer a été pour lui un rêve devenu réalité. « Il y avait ma femme, mon fils, mes neveux qui passaient de temps en temps, des copains, c'était juste le rêve ! » raconte-t-il. La famille a navigué dans les Caraïbes, visitant le Venezuela, Belize, Cuba et la Jamaïque. « On en rêvait, mais le vivre, c'était au-delà de ce que j'attendais. On a pu profiter les uns des autres. »

Un quotidien retrouvé avec son fils

Noah explique qu'il avait raté beaucoup de moments avec ses enfants auparavant. « J'ai raté pas mal de choses. J'ai des relations super avec mes gamins, mais là, on a pu être vraiment au quotidien avec notre petit dernier. » Son fils de 15 ans a suivi les cours du Cned pendant le voyage. « Ça a été extraordinaire pour lui de vivre une telle aventure avant de partir à son tour dans la vie active. Je crois qu'il commence à avoir envie de se casser… »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Ce voyage lui a aussi appris qu'il vieillissait. « Ce qui est surprenant, c'est ce temps qui a l'air de s'étaler, on peut faire plein de choses qu'on a mises de côté, faire du sport, lire, regarder les gens tels qu'ils vivent. Être plus spectateur de la vie, ça me charge d'énergie. »

Refus de la sinistrose médiatique

Interrogé sur le caractère solaire de son album, Noah répond : « L'époque est terne parce qu'on a envie d'en parler de manière négative, on est influencé par ce qui se dit dans les médias et on y participe tous. J'ai l'impression que quand ça va bien, c'est moins vendeur, ça fait moins de buzz. Du coup, on arrive à se persuader que ça ne va pas. »

Ancien sportif de haut niveau, il applique la même philosophie : « Quand on est ex-sportif, ex-capitaine, papa de sportif, on ne va pas au combat en se disant 'on va perdre', 'on est nuls', 'ça va mal'. Jamais. La vie n'est pas facile, mais il faut se bagarrer, se stimuler et mettre l'accent sur ce qui va bien. » Il rappelle les privilèges de la France : « On a la santé et l'éducation gratuites, c'est incroyable ! Nous sommes privilégiés, mais on fait partie de ceux qui râlent le plus. »

À propos de Michel Sardou qui dit haïr ce siècle, Noah commente : « Non, Michel, son truc à lui, c'est d'être tout le temps fâché, depuis toujours. J'ai eu l'occasion de le croiser, il était plutôt rigolo. J'aime mieux quand il est rigolo… Je vis avec mon temps, il faut l'accepter, ne pas vivre au passé, ne pas devenir un vieux con qui parle du bon vieux temps. »

Le bonheur selon Noah

Pour lui, le bonheur prend la forme de l'acceptation de soi. « C'est s'accepter tel qu'on est. C'est déjà pas mal. Regarder autour de soi et de s'apercevoir que tout n'est pas si grave. Ce n'est pas parce qu'on peut arriver cinq minutes avant, car on peut aller plus vite, que la vie est plus jolie. »

La musique a été pour lui une thérapie après sa carrière sportive. « Oui, le chant m'a aidé, car la fin de carrière, pour un sportif, c'est un virage compliqué, une première mort. Toute notre vie, on a pensé uniquement sport, le jour où tout s'arrête, ça crée un vide. Le fait de me retrouver en studio un peu par accident grâce à un copain, qui m'avait invité à venir voir comment ça se passait, j'ai été plongé immédiatement dans une deuxième vie et j'ai adoré ça. »

Quant à l'engagement politique, il précise : « Je me sens un citoyen libre, on a la chance dans ce pays de pouvoir dire ce qu'on pense, même si maintenant, c'est plus difficile d'être nuancé, j'ai ce droit en tant que citoyen, pas plus, mais pas moins. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Regard sur son enfance et son rôle de père

À quoi ressemblait-il enfant ? « Quand j'avais 5 ans au Cameroun, je jouais avec une planche, une raquette que je m'étais fabriquée, sur un terrain vague avec des lignes tracées aux pieds nus, des morceaux de bois pour faire le filet. Si on m'avait dit que j'allais être joueur de tennis, je ne l'aurais pas cru. » Il attribue sa réussite à ses parents : « J'ai travaillé dur pour y arriver, mais ma chance a été d'avoir des parents qui m'ont compris. Je rêvais d'avoir accès à un cours, alors quand j'ai eu ma première raquette, j'en ai pleuré. Je dormais avec. »

En tant que père, il s'inspire de ses propres parents : « Je me souviens du cadre que mes parents nous ont donné à mes petites sœurs et à moi, de la liberté qu'ils nous ont laissée. C'est ce que j'essaie de donner à mes enfants. J'ai eu des parents formidables. Moi, j'essaie d'être pas mal. J'essaie. »

Noah conclut sur le bonheur partagé : « Oui, mais on n'est pas heureux seul. Si vous avez passé un bon moment avec moi, je suis content, un bonheur, ça se partage, ça ne se vit pas en solitaire. »