Le nouveau film d'Emin Alper, « Salvation », sort en salles ce mercredi 2 septembre. Cette œuvre, récompensée par le Grand Prix du Jury à la dernière Berlinale, offre une réflexion politique teintée de fantastique sur la ruralité turque. Le réalisateur y explore les tensions entre deux villages voisins, mettant en scène des conflits ancestraux et une critique du nationalisme.
Un scénario de tensions ancestrales
L'histoire se déroule dans deux villages turcs, l'un perché à flanc de montagne, l'autre situé dans la plaine. Lorsque les habitants du village de la plaine, exilés, décident de revenir sur leurs terres, les conflits ancestraux avec ceux du village de la montagne refont surface. Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s'exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés.
Emin Alper, fidèle à son style, se distingue de ses homologues turcs, dont Nuri Bilge Ceylan, en teintant ses récits de fantastique et d'onirisme. Cette originalité ne l'empêche pas de traiter de la ruralité dans son pays et des rapports humains dans les zones reculées. Contrairement à son précédent film, « Burning Days », où un procureur arrivait dans une petite bourgade et se heurtait aux notables locaux, « Salvation » se concentre sur un personnage central, Mesut, interprété par le charismatique Caner Cindoruk, vieilli pour l'occasion.
Un personnage prêt à tout pour sa terre
Mesut est un homme prêt à tout pour ne pas laisser un bout de terrain aux habitants voisins, qu'il considère comme des étrangers. Ce personnage incarne une métaphore sur l'exil et le nationalisme, tout en offrant une critique de la politique en place. Le film utilise cette figure pour explorer les mécanismes de rejet et de peur de l'autre, des thèmes universels mais particulièrement sensibles en Turquie.
Visuellement, « Salvation » dégage un côté aride et une atmosphère proche du western. Cependant, cette qualité est ternie par d'incessants bavardages et une tendance à rappeler souvent les enjeux, il est vrai complexes. Malgré ces défauts, la force du propos a séduit le jury présidé par Wim Wenders lors de la dernière Berlinale, qui lui a accordé le Grand Prix du Jury.
Un palmarès berlinois marquant
Le jury de la Berlinale, présidé par Wim Wenders, a toutefois préféré couronner de l'Ours d'or « Yellow Letters » de l'Allemand İlker Çatak. Ce film aborde, d'une tout autre manière, la question de la liberté d'expression en Turquie, un sujet brûlant. La présence de deux films turcs dans le palmarès berlinois souligne l'importance des questions politiques et sociales dans le cinéma turc contemporain.
« Salvation » est une coproduction entre la Turquie, la France, les Pays-Bas, la Grèce, la Suède et l'Arabie saoudite. Le film, d'une durée de 2h00, est un drame avec Caner Cindoruk, Berkay Ateş et Feyyaz Duman. La rédaction lui attribue la note de 3/5, saluant une œuvre qui, malgré ses bavardages, offre une réflexion profonde et originale sur des thèmes universels.



