Jocelyn Balu : la rumba congolaise rayonne de l'Hérault au monde
Jocelyn Balu : la rumba congolaise rayonne de l'Hérault

Originaire de Kinshasa, en République démocratique du Congo, le chanteur Jocelyn Balu a posé ses valises dans l'Hérault, où il a bâti son projet musical. Son premier album, Borumba, salué par la critique, le propulse comme l'une des voix montantes de la rumba congolaise. "Sur scène, j'oublie tout, je me soigne, je suis au contact avec les grands esprits. Transmettre le bonheur, les bonnes vibrations, c'est le souhait de tout artiste", confie-t-il, le sourire aux lèvres.

Un parcours hors du commun

À 37 ans, cet habitant d'Aniane, originaire de Kinshasa, se taille une place de choix dans les musiques du monde avec une rumba à la fois vintage et résolument moderne. Son album Borumba, sorti au printemps et distribué par Absilone, grimpe dans les classements des plateformes de streaming. Il enchaîne les plateaux : la semaine dernière, il était sur RFI, dont il fait désormais partie des talents, et a obtenu un quadruple T dans Télérama. Il sera à l'affiche de la soirée de clôture du festival Résurgence le 6 juin à Soubès, et se produira le 12 juin au Parc Rimbaud à Montpellier pour le festival Passopark. Cette semaine, il prépare des interviews sur Radio Nova, France 24 et l'émission Agora sur France Inter. Entre deux entretiens dans la capitale, il s'installe à la terrasse d'O Copains à Aniane, avec un café allongé et un soft au gingembre pour réchauffer ses cordes vocales.

Un hommage aux pionniers

Chanteur à la voix d'or, le benjamin tournait avec les pionniers de la rumba congolaise internationale, les Bakolo Music International, lorsqu'il a fait une pause à Aspiran (34), où une partie de sa famille réside. C'était en 2020, coincé par le Covid. "Je suis resté là. J'ai eu l'idée de faire ce projet pour rendre hommage aux anciens : Papa Bikunda, qui était mon maître, Wendo Kolosoy, Franco, Docteur Nico ou Tabu Ley Rochereau", énumère-t-il. Dans l'Hérault, il a rencontré des musiciens avec lesquels "cela a matché tout de suite. C'est allé vite, dès la première année, nous avons joué à Fiesta Sète et au Festival Africolor, cela nous a donné confiance. L'objectif, avant de faire l'album, c'était d'asseoir la démarche artistique", explique-t-il.

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La musique comme médecine de l'âme

À Aniane, il dirige la chorale Afrocoeurs, que l'on peut entendre sur un titre de Borumba : Ya Nzambe. Au-delà de son groupe, "au travers de cette chorale, je rends hommage à ma mère, Jacquie Malonda, qui en dirigeait une et qui est partie", confie-t-il. Jocelyn Balu est tombé dans la marmite dès l'enfance. À huit ans, il composait déjà pour la chorale de son église. Compositeur naturel, il raconte que les mélodies lui viennent spontanément. "Je n'ai réellement composé qu'à trois reprises : pour une pub, pour la Croix-Rouge, pour les peuples autochtones. Le reste, cela vient à moi", lance-t-il humblement. "La médecine, c'est une manière de traiter la biologie. La musique, c'est une manière de traiter l'âme". Sa destinée aurait pu être autre : il s'était rêvé footballeur avant qu'une blessure ne l'oblige à se réorienter. Il a poursuivi des études de médecine pendant quatre ans, avant de comprendre que la musique était sa véritable vocation.

Un engagement citoyen

Dans ses paroles, il interpelle "les gens sur la corruption, l'injustice, les guerres, des massacres qui passent sous silence médiatique. Comme ce qui se passe au Congo depuis 30 ans : la guerre d'agression que le Rwanda nous impose avec le soutien de puissances mondiales. On compte aujourd'hui des millions de morts. En tant qu'artiste, je ne peux pas le laisser passer, sinon cela serait être complice de ces horreurs. On dénonce ce qui va à l'encontre de l'humanité", lâche-t-il.

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Une ouverture sur le monde

Il reste au contact de l'actualité musicale congolaise et savoure les succès internationaux de la diaspora. Comme le formule le rappeur Booba, "c'est le braquage à la congolaise", rigole-t-il. "Mais on travaille avec tout le monde, on n'est pas dans une approche communautaire, c'est très ouvert." Selon lui, le creuset musical congolais est si riche qu'il imprègne les générations de milliers de mélodies. La musique congolaise est très mélodique, et une grande part des streams en France proviennent de Congolais. Beaucoup de stars urbaines françaises ont des liens avec d'anciens musiciens du Congo : "le père de Gims était chanteur". Jocelyn Balu, lui, reste fidèle aux sources, à un certain esprit de la rumba congolaise à laquelle il rend si bien hommage.

Les musiciens du groupe

Le groupe est composé de Benjamin Etur (basse), Damien Banciotto (guitare solo), Damien Hilaire (batterie) et Azzedine Baje (percussions).

Les origines de la rumba congolaise

Le titre de l'album, Borumba, signifie "l'esprit, la vie de la rumba. C'est la démarche artistique que je mets en place : c'est la rumba des années 1940 à 1970 mixée à la musique traditionnelle du bas Kongo, qui est à l'origine la danse du nombril, partie à Cuba avec la traite négrière, avant de revenir dans son berceau africain transformée dans les années 1940-1970", explique Jocelyn Balu. L'origine de la rumba congolaise provient du peuple du Royaume Kongo, qui réunissait ce qui correspond aujourd'hui au nord de l'Angola, au sud du Congo-Brazzaville, à l'extrémité occidentale de la RDC et au sud-ouest du Gabon, autour de la forêt de Mayombe. Avec la traite négrière, "beaucoup sont partis vers Cuba et dans les Caraïbes où ils ont amené la danse du nombril".