Ryusuke Hamaguchi : « Je crée mes films à partir du dialogue »
Hamaguchi : « Je crée mes films à partir du dialogue »

Le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi, primé à Cannes pour « Drive My Car » (2021), a accordé un entretien au Festival de Locarno, où il préside le jury. Il y détaille sa méthode de création, fondée sur le dialogue : « Soudain, j'ai tendance à créer mes œuvres à partir du dialogue », confie-t-il. Cette approche, qui a marqué ses films récents, reflète une évolution dans son processus d'écriture.

Une écriture née de la parole

Hamaguchi explique que, pour ses dernières œuvres, il part souvent d'une conversation ou d'une réplque pour construire l'intrigue. « Le dialogue est le point de départ de mes scénarios », précise-t-il. Cette méthode contraste avec une approche plus narrative traditionnelle. Elle lui permet de laisser émerger les personnages et leurs relations à travers leurs échanges, plutôt que de les plaquer sur une trame préétablie.

Le réalisateur, né en 1978 à Yokohama, a développé ce goût pour le dialogue au fil de sa carrière. Dans « Drive My Car », adapté d'une nouvelle de Haruki Murakami, les conversations entre les personnages sont centrales. Le film, qui a remporté le prix du scénario à Cannes et l'Oscar du meilleur film international, illustre cette tendance.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un processus en constante évolution

Hamaguchi reconnaît que cette méthode n'est pas figée. « Je ne sais pas si je continuerai à faire ainsi, mais pour l'instant, c'est comme ça que je travaille », dit-il. Il souligne que chaque projet impose ses propres contraintes et que le dialogue n'est qu'un outil parmi d'autres. Cependant, il observe que cette approche lui a ouvert de nouvelles possibilités créatives.

Au Festival de Locarno, où il préside le jury de la compétition internationale, Hamaguchi a également évoqué ses projets futurs. Il prépare actuellement un film intitulé « La Mère de l'océan », dont le tournage est prévu au Japon et en Corée du Sud. Ce projet, annoncé en 2024, devrait sortir en 2026. Il n'a pas donné plus de détails, mais a insisté sur l'importance du dialogue dans cette nouvelle œuvre.

Un cinéma de l'écoute

Pour Hamaguchi, le dialogue n'est pas seulement un moyen de faire avancer l'histoire, mais aussi une manière de capter la complexité des relations humaines. « Ce qui m'intéresse, c'est ce qui se passe entre les mots, les silences, les malentendus », explique-t-il. Cette attention portée à la parole et à ses non-dits caractérise son cinéma, souvent décrit comme contemplatif et psychologique.

Son influence s'étend au-delà du Japon. Plusieurs jeunes cinéastes européens et asiatiques citent Hamaguchi comme une référence. Lors d'une masterclass à Locarno, il a conseillé aux apprentis réalisateurs de « prêter une oreille attentive à leurs personnages ». Cette philosophie, centrée sur l'écoute, semble être la clé de son succès critique et public.

Hamaguchi a également rappelé que le dialogue ne se limite pas aux paroles échangées à l'écran. « Le cinéma est un dialogue entre le film et le spectateur », a-t-il affirmé. Cette conception relationnelle de son art explique peut-être pourquoi ses œuvres, comme « Contes du hasard et autres fantaisies » (2021) ou « Le Mal n'existe pas » (2023), suscitent des interprétations multiples et des débats passionnés.

Le réalisateur, qui a débuté dans le documentaire, a gardé de cette expérience une méthode de travail rigoureuse. Il tourne souvent avec peu de prises, privilégiant la spontanéité des acteurs. « Le dialogue doit sembler naturel, même s'il est écrit », dit-il. Cette exigence de vérité dans la parole est au cœur de son art.

À Locarno, Hamaguchi a aussi rendu hommage au cinéma suisse, qu'il dit apprécier pour sa diversité. Il a cité le travail de la vidéaste Pipilotti Rist, dont une installation est présentée au festival. Ce clin d'œil montre son intérêt pour les formes hybrides, qui prolongent sa réflexion sur le dialogue entre les arts.

En attendant la sortie de « La Mère de l'océan », le public peut redécouvrir l'ensemble de son œuvre à travers des rétrospectives organisées en Europe et en Asie. Hamaguchi, qui a reçu de nombreux prix, reste modeste : « Je suis encore en train d'apprendre mon métier », conclut-il avec un sourire.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale