À l'heure de la 70e édition du concours de l'Eurovision, ce samedi 16 mai, un souvenir revient en force : il y a 38 ans, une jeune Québécoise de 20 ans remportait le concours d'un petit point, lançant ainsi sa carrière internationale. Céline Dion, alors inconnue du grand public, a marqué l'histoire de la musique.
Un suspense insoutenable
« C'est la plus grande, la plus excitante et la plus angoissante finale de tous les temps, il n'y avait jamais eu quelque chose de pareil ni avant ni depuis », confie le journaliste Beni Thurnheer, qui commentait la 33e édition de l'Eurovision pour la télévision suisse. Trente-six ans après, il se souvient encore de la sensation ressentie lors de cette soirée du 30 avril 1988, où une jeune Québécoise a emporté le concours pour la fédération helvétique.
Cette victoire est retracée dans le documentaire « Céline Dion, la note parfaite à l'Eurovision », réalisé par Vincent Gonon et Noël Tortajada, disponible sur Arte.tv jusqu'au 29 mai. Le film regorge d'images d'archives que l'on revoit avec plaisir à la veille de la 70e édition du concours et dans la perspective du retour de la diva en septembre.
Une prestation mémorable
En 1988, Céline Dion a 20 ans, les cheveux frisottants, presque crêpés, et du noir autour des yeux. Vêtue d'une veste croisée blanche et d'une jupe tutu, elle interprète « Ne partez pas sans moi » à Dublin, en Irlande. Un titre qui annonce la couleur : « Vous qui cherchez l'étoile / Vous qui vivez un rêve / Vous héros de l'espace / Au cœur plus grand que la terre / Vous donnez moi ma chance / Emmenez-moi loin d'ici ».
Au lendemain de sa victoire, elle débarque à Montréal, rayonnante, le trophée à la main. À ses côtés, René Angélil, son manager. Comment Céline a-t-elle pu représenter la Suisse ? « L'Eurovision c'est un concours de chanson, l'auteur et le compositeur doivent être du pays, mais rien dans le règlement ne dit que l'interprète doit être du pays », explique celui qui deviendra son mari et le père de ses enfants.
Un plan pour la gloire internationale
Cette étape faisait partie d'un plan pour propulser sa protégée sur la scène internationale. À la fin des années 1980, Céline Dion s'est déjà fait un nom chez elle, au Québec, un peu en France, mais sa carrière d'enfant star commençait à s'essouffler... Après une pause, le temps de se faire couper les cheveux et de se relooker, elle revient métamorphosée et vise l'Eurovision et ses 600 millions de téléspectateurs.
« C'était le seul but de toute l'opération », glisse René Angélil devant la presse, pointant les « marchés » qu'il vise : « On a des projets de disques en allemand, en français, en japonais ». René et Céline sont comme « un entraîneur et une sportive », décrypte Valentin Grimaud, auteur d'une biographie sur la chanteuse. « J'ai 20 ans, pas de vie privée, pour moi ma vie c'est chanter », glisse un moment Céline. Ils ont un objectif commun – faire d'elle une star internationale – et se donnent les moyens d'y arriver.
Tout est calculé. Encore fallait-il gagner. Elle a toutes ses chances, la voix et une chanson confectionnée sur-mesure pour elle, un titre de Nella Martinetti mis en musique par Atilla Sereftug. Ce dernier raconte l'histoire de la chanson, la maquette enregistrée à Montréal. « Céline l'a chantée en une seule prise », se souvient-il. « René est venu, il a écouté, il a dit 'On va gagner' ». Elle se sélectionne aisément.
La compétition à Dublin
À Dublin, 21 pays sont en compétition. On croise Lara Fabian, une Belge présente pour le Luxembourg, Gérard Lenorman pour la France, ou encore le Britannique Scott Fitzgerald. Ce sera son adversaire direct. Passée en 9e position, la prestation de Céline est saluée par des applaudissements nourris. « Il y avait de la magie en elle », se souvient Fitzgerald. « Sa voix était si claire, si assurée, elle ne l'a jamais si bien chantée », ajoute Atilla.
Reste à recueillir les suffrages. Très vite, Suisse et Royaume-Uni sont au coude-à-coude. « Un coup elle obtenait un bon score, le coup d'après c'était moi (...) je n'arrêtais pas de lui sourire et elle faisait pareil en retour », se souvient le Britannique. Il compte 14 points d'avance avant les deux derniers pays. Il en récolte trois et Céline douze. « Nous avons demandé à Agatha Christie d'écrire le scénario de la soirée », s'amuse le présentateur.
Une victoire d'un point
À ce stade, 5 points séparent les deux concurrents : avantage à la Grande-Bretagne avec 136 à 131... La décision appartient à la Yougoslavie qui donne 6 points à la Suisse. À qui iront les huit ? À l'Allemagne. Les 10 ? À la Norvège... Et les 12... à la France. Céline s'écroule en larmes. Elle l'emporte d'un tout petit point. « D'un coup, quand le dernier vote est arrivé, toutes les caméras m'ont quitté, c'est comme si j'étais l'homme le plus seul au monde », sourit aujourd'hui le Britannique.
« C'était son moment, j'avais eu le mien, mais maintenant c'était l'heure pour cette jeune fille, continue-t-il. Ça a été le début de son succès, et bien sûr de son grand succès avec René aussi (...). Je pense que c'est à ce moment-là que l'étincelle s'est allumée et que c'est devenu une histoire d'amour ». D'un petit point, à la veille des années 1990, l'étoile Céline est lancée. Elle sera bien vite sur orbite.
À voir : « Céline Dion, la note parfaite à l'Eurovision », documentaire de Vincent Gonon et Noël Tortajada, (France/Suisse, 2024, 53mn), disponible sur Arte.tv.



