« C'était une discussion, pas un guet-apens. » C'est par ces mots que les deux anciens responsables de la Populaire Sud, âgés de 32 et 42 ans, se sont défendus mercredi 29 juillet 2026 devant le tribunal correctionnel de Nice. Ils comparaissent pour des violences commises le 30 novembre 2025 à l'encontre de Jérémie Boga et Terem Moffi, attaquants de l'OGC Nice, lors d'un rassemblement de supporters au centre d'entraînement du club.
Un contexte de tension après une sixième défaite consécutive
Ce soir-là, environ 400 supporters attendaient le bus de l'équipe après une défaite à Lorient (3-1). L'ambiance était électrique : fumigènes, tirs de mortiers et chants hostiles. Les deux prévenus, déjà condamnés par le passé pour des faits de violence liés au football, assurent qu'ils sont montés dans le bus avec l'accord de la sécurité pour éviter que la situation ne dégénère. « Nous sommes montés avec l'accord de la sécurité. On a essayé de trouver une solution rapidement », a expliqué l'un d'eux. « Mon passé judiciaire est lié à des histoires entre supporters. Je n'aurais jamais porté atteinte au club que j'ai aimé », a-t-il ajouté.
Son co-prévenu, condamné en janvier pour des violences sur un journaliste de Nice-Matin, a également affirmé « ne rien minimiser ». Mais le ministère public livre une tout autre version des faits.
Le parquet dénonce une « culture de la violence »
Pour le procureur Damien Martinelli, les deux hommes ont orchestré un scénario visant à isoler les deux attaquants, pris pour cible par la foule. « Vous êtes des chefs », leur a-t-il lancé. Selon lui, ils ont imposé leur scénario en faisant descendre les joueurs du bus. Malgré un corridor de sécurité, joueurs et membres du staff ont été insultés, bousculés et visés par des crachats. Jonathan Clauss, présent ce soir-là, a résumé : « J'ai eu l'impression d'être lâché dans la fosse aux lions. »
Terem Moffi a d'abord déclaré avoir été projeté au sol et avoir reçu des coups, avant de modifier sa version. Il a finalement décrit des bousculades, son bonnet arraché et des cheveux tirés. Jérémie Boga affirme avoir reçu des coups par-derrière. Les examens médicaux n'ont révélé aucune lésion traumatique récente pour l'un comme pour l'autre. Cependant, Boga souffre d'un syndrome anxieux et s'est vu prescrire 5 jours d'ITT. Les deux attaquants ont déposé plainte dès le lendemain.
La défense plaide l'absence de preuves
Si les auteurs des violences n'ont jamais été identifiés, la défense souligne qu'aucun témoin n'a vu les prévenus porter de coups. « Ces deux-là sont connus comme le loup blanc. Pourquoi auraient-ils participé à des violences alors qu'ils étaient parfaitement identifiables ? », a plaidé Me Mathurin Lauze. Son confrère, Me Rudy Cohen, a dénoncé des « fantasmes » et accusé le parquet de vouloir faire de ses clients des symboles de la lutte contre les violences dans les stades. Il est même allé jusqu'à affirmer que les deux joueurs ont « instrumentalisé la justice dans un but personnel et mercantile ».
Des réquisitions exemplaires
Le procureur Damien Martinelli a requis des peines exemplaires, estimant que cette affaire dépasse le cadre d'une simple altercation. « Il faut les écarter du club », a-t-il déclaré, voyant dans ce dossier l'expression d'une « culture de la violence » qui gangrène une partie du mouvement ultra niçois. Pour le plus âgé des prévenus, le parquet a requis deux ans d'emprisonnement, ainsi que la révocation d'un an de sursis avec mandat de dépôt. Pour le second, il demande également deux ans de prison, dont un an avec sursis, la partie ferme devant être exécutée sous bracelet électronique après une incarcération le temps de mettre en place le dispositif. Le procureur a également sollicité trois ans d'interdiction de paraître dans toutes les enceintes de l'OGC Nice et lors des manifestations du club, ainsi qu'une interdiction de détenir une arme pendant trois ans.
Le tribunal correctionnel de Nice a mis sa décision en délibéré au 11 septembre. En attendant, les deux supporters restent présumés innocents.



