Dans les instances musicales, le rap passe à la trappe
Dans les instances musicales, le rap passe à la trappe

Le rap, genre musical le plus écouté en France, reste largement sous-représenté dans les instances de décision du secteur, selon une étude du Syndicat national des éditeurs phonographiques (Snep) publiée ce mercredi 22 juin. Alors que le rap et le hip-hop représentent près de 40% des ventes de musique enregistrée en France, ils ne comptent que pour 5% des membres des conseils d'administration des principales organisations professionnelles.

Un déséquilibre persistant

L'étude, réalisée par le Snep, révèle que sur 150 postes de direction dans les organismes tels que le Centre national de la musique (CNM), la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) ou encore le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep lui-même), seuls 8 sont occupés par des professionnels issus du rap ou du hip-hop. Ce déséquilibre est d'autant plus frappant que le genre a généré 38% des revenus du marché musical français en 2021, selon les chiffres du Snep.

«Il y a un décalage flagrant entre la place du rap dans l'économie musicale et sa représentation dans les instances qui prennent les décisions», déplore Alexandre Lasch, délégué général du Snep, cité dans l'étude. «C'est un problème de diversité et de légitimité.»

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Des conséquences concrètes

Cette sous-représentation a des conséquences concrètes sur les politiques publiques et les financements alloués au secteur. Par exemple, le CNM, qui distribue des aides publiques, a consacré seulement 12% de son budget au rap en 2020, alors que ce genre représentait 35% des ventes. «Les décisions sont prises par des gens qui ne connaissent pas les réalités du rap, ce qui conduit à des choix inadaptés», explique Yannick K., producteur et membre de l'association RAP (Rassemblement des Acteurs du Rap).

L'étude pointe également un manque de diversité sociale et ethnique au sein des instances. Sur les 150 postes examinés, 85% sont occupés par des hommes, et 92% par des personnes blanches. «Le rap est un genre porté par des jeunes issus des quartiers populaires et de la diversité, mais ceux qui décident sont souvent des hommes blancs d'un certain âge», souligne l'étude.

Des pistes pour remédier au problème

Le Snep propose plusieurs mesures pour améliorer la représentation du rap, notamment la mise en place de quotas dans les conseils d'administration, la création de commissions dédiées au rap, et un effort de formation et de sensibilisation des décideurs. «Il faut que les instances reflètent la diversité de la création musicale», insiste Alexandre Lasch.

De son côté, le ministère de la Culture a annoncé la création d'un observatoire de la diversité dans les instances musicales, qui devrait rendre ses premières conclusions en 2023. «Nous devons nous assurer que toutes les musiques, y compris le rap, soient représentées équitablement», a déclaré la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, dans un communiqué.

L'étude du Snep a été réalisée à partir de l'analyse des conseils d'administration de 12 organisations professionnelles et de 30 entretiens avec des acteurs du secteur. Elle sera présentée lors d'un colloque le 30 juin prochain.

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