Alain Souchon : « Il faut penser un peu aux autres »
Alain Souchon : « Il faut penser un peu aux autres »

Dans un entretien exclusif accordé à Midi Libre, Alain Souchon, figure emblématique de la chanson française, livre ses réflexions sur le déconfinement, son engagement caritatif et sa carrière. À 76 ans, l'artiste aux dix Victoires de la musique et plus de 9 millions d'albums vendus reste lucide sur la crise sanitaire et appelle à la solidarité.

Un confinement qui l'a « sidéré »

Alain Souchon confie avoir été « sidéré » par la crise du Covid-19. « J'ai été sidéré de voir la Terre entière qui s'arrête de produire, sidéré par la maladie elle-même », déclare-t-il. Il critique sévèrement ceux qui ne respectent pas les gestes barrières : « Quand je vois des gamins danser serrés les uns contre les autres en se respirant dans la figure, je trouve ça triste. On dirait des idiots. Je ne comprends pas les gens qui ne portent pas de masque. »

Le chanteur, qui vit à la campagne dans le Loir-et-Cher sans portable ni tablette, se dit « assez confiné de toute façon ». Il passe son temps à chercher des phrases dans une pièce. Ses concerts d'été ont tous été reportés, et il envisage des vacances forcées en Bretagne, en bateau à voile. « C'est pire que le confinement, au moins on savait où on en était », ironise-t-il.

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Un engagement solidaire pour les enfants malades

Alain Souchon parraine la 3e édition des 24h Saint-Pierre, une course caritative qui se déroule les 29 et 30 août à Palavas-les-Flots (Hérault). L'événement soutient l'institut Saint-Pierre, un hôpital qui s'occupe d'enfants malades ou en situation de handicap. « Cet hôpital aide des enfants parfois très malades qui ne sont pas intégrés dans la société. Il les reprend en main moralement et physiquement, c'est très important », explique-t-il.

Les fonds collectés lors de cette édition permettront de financer quatre projets, dont l'accueil des enfants autistes et la recherche en cardio-pédiatrie. Le chanteur invite le public à se mobiliser : « Il faut penser un peu aux autres. Quand il y a un événement comme celui-là, pour les gens qui vont bien, comme moi, aider est la moindre des choses. »

Interrogé sur le risque que la crise freine les élans solidaires, il répond : « Oui, il faut donc que la vie, le travail reprenne. Quand on gagne sa vie à la fin du mois, après on peut penser aux autres. »

Les inégalités sociales et l'injustice de la naissance

Dans sa chanson « Ici et là », Alain Souchon aborde le thème des inégalités. « Je m'intéresse à l'injustice de la naissance », confie-t-il. « Si vous naissez dans une famille qui vous dit 'ne nous emmerde pas, va jouer en bas de la tour', ce n'est pas pareil que si on vous dit 'viens, on va au musée Rodin, tu vas voir c'est un génie'. Quand on naît d'un côté ou de l'autre du périph, la vie est très différente. On reporte souvent la faute sur l'école, mais tout vient des parents. »

La collaboration avec ses fils Pierre et Ours

Alain Souchon travaille régulièrement avec ses fils, Pierre et Ours. « On s'entend bien, on aime être ensemble, dire des bêtises, rigoler et faire de la musique », dit-il. Pierre crée des chansons pour les autres et compose avec son père. Ours mène sa propre carrière, et le chanteur reconnaît que sa notoriété peut être gênante pour lui : « Quelquefois des gens lui demandent de chanter 'Foule sentimentale', ça fout le cafard. Mais en même temps ce n'est rien parce qu'il s'en sort très bien, il donne beaucoup de concerts, il fait ses chansons dans son coin, elles sont très émouvantes et pas du tout influencées par ce que je fais. »

La complicité avec Laurent Voulzy

Le chanteur évoque également son amitié de longue date avec Laurent Voulzy. « On est comme des frères », affirme-t-il. Leur collaboration a donné naissance à de nombreux succès, notamment « Caché derrière », né lors de vacances en Bretagne. « La Bretagne est un endroit qu'on aime tous les deux, c'est inimaginable la spiritualité qu'il y a dans l'air, dans ces pierres, ces chapelles. C'est excitant pour faire des chansons », raconte-t-il.

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Il se souvient d'une nuit magique avec Laurent Voulzy, il y a longtemps, où ils travaillaient jusqu'à 3h30 ou 4h du matin dans une petite maison à la campagne. « Le ciel était magnifique la nuit, et il y avait des étoiles filantes, perpétuellement. On disait 'tiens, c'est la nuit des vœux'. Et toutes les nuits finissaient par être des nuits des vœux. Et à chaque fois qu'on en voyait une qui passait, on se disait pourvu que nos chansons marchent… »

À propos de la chanson « J'ai 10 ans », il explique que Laurent Voulzy l'a « dégnangnanisée ». « J'avais fait un rythme (il chante) boum up, boum up, j'ai dix ans […] L'idée était là mais c'était 'gnangnan'. Il m'a 'dégnangnanisé'… Il avait une culture pop que je n'avais pas et qui me faisait envie. Je n'arrive toujours pas très bien à faire la musique, je ne suis pas un bon. J'admire les gens qui savent, comme Pierre, Ours et Laurent Voulzy qui est quand même l'un des meilleurs en Europe. Ce sont les Anglais qui le disent. »

Projets à venir

Alain Souchon vient d'enregistrer ses anciennes chansons avec trois musiciens, dont Pierre et Ours. Il prépare également une nouvelle chanson sur le soleil, dont la musique est signée par son fils Pierre et les paroles par lui-même. « Il m'énerve, parce qu'il caresse ma femme toute la journée. Moi des fois elle me dit de la laisser tranquille tandis que le soleil, il peut faire ce qu'il veut… », plaisante-t-il.