La stupéfaction a traversé l'Atlantique. En plein Festival de Cannes, les magazines américains «Variety», Deadline et «The Hollywood Reporter» ont rapporté la menace proférée par Maxime Saada, président du directoire de Canal+, dans le jardin du palace Martinez. Il a annoncé qu'il mettrait sur liste noire les talents ayant signé la pétition «Zapper Bolloré» contre son actionnaire de référence, Vincent Bolloré. Le terme «blacklist» a ravivé le souvenir du maccarthysme des années 1950, lorsque les acteurs suspectés de communisme étaient traqués.
Cette déclaration a provoqué un tollé à Hollywood, où la liberté d'expression est sacrée. Les signataires de la tribune, majoritairement des professionnels du cinéma, dénoncent l'influence croissante de Bolloré sur le septième art. Saada, pourtant réputé pour sa discrétion, n'a pas souhaité répondre aux sollicitations des médias.
Un dirigeant discret mais puissant
Maxime Saada est l'homme de l'ombre de l'empire médiatique de Vincent Bolloré. Artisan des grands deals, il est la voix du groupe auprès des pouvoirs publics et des institutions. Bolloré lui-même le décrit comme «une vedette internationale» qui «pourrait travailler demain chez Disney ou partout ailleurs». Saada a longtemps cultivé une image de dirigeant efficace, loin des projecteurs, se tenant à l'écart des controverses qui entourent régulièrement son actionnaire.
À la tête de Canal+, il supervise un groupe qui est le premier financier du cinéma français et un acteur clé dans le paysage audiovisuel. Sa discrétion lui a permis d'éviter les polémiques jusqu'à ces dernières semaines. Mais la menace de blacklist a changé la donne, le propulsant au cœur des débats sur la concentration des médias et le droit à la critique.
La polémique éclate
La sortie de Saada à Cannes a été perçue comme une attaque directe contre la liberté d'expression. Plusieurs organisations professionnelles ont condamné ses propos, estimant qu'ils portent atteinte à l'indépendance du secteur. Les médias américains, habitués à traiter Canal+ comme un partenaire incontournable, ont exprimé leur surprise et leur inquiétude.
En France, la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, devant laquelle Saada a été auditionné le 1er avril 2026, n'a pas manqué de l'interroger sur cette affaire. Les députés ont souligné le paradoxe entre la volonté affichée de défendre la culture et les méthodes brutales employées contre les critiques. Saada s'est défendu en affirmant qu'il s'agissait de protéger les intérêts du groupe, mais son argumentaire n'a pas convaincu.
Un empire médiatique sous tension
Cette polémique intervient alors que l'empire Bolloré est lui-même sous le feu des critiques. La tribune «Zapper Bolloré» n'est que le dernier épisode d'une série de protestations contre l'influence du milliardaire sur la production cinématographique et télévisuelle. Des appels au boycott de Canal+ et de ses filiales circulent régulièrement sur les réseaux sociaux.
Maxime Saada, qui incarnait jusqu'alors la face respectable du groupe, se retrouve aujourd'hui associé à une image répressive. Son avenir à la tête de Canal+ pourrait être menacé si la pression médiatique et politique continue de monter. Publié le 29 juillet 2026, cet article dresse le portrait d'un homme d'influence qui, pour la première fois, ne peut plus échapper aux controverses.



