Marie Peltier : « L’humilité nous aidera à combattre les complotismes »
Marie Peltier : « L’humilité contre les complotismes »

Idées Marie Peltier, historienne : « Ce qui nous permettra de lutter contre les complotismes ? L’humilité »

Entretien. Pour contrer l’essor des propos conspirationnistes, l’historienne Marie Peltier réclame aux partisans des idées démocratiques d’abandonner leur posture de « surplomb » et de fausse « neutralité ». Mais comment agir ? Propos recueillis par Arnaud Gonzague.

Publié le 5 mai 2026 à 11h30. Lecture : 4 min.

Voilà plus de vingt ans que Marie Peltier se penche sur les récits complotistes, les décrypte, interroge ceux qui les produisent ou y adhèrent. De cette plongée dans le mensonger, l’aberrant, l’incongru, cette historienne belge, enseignante à Bruxelles, a tiré une conclusion : s’accrocher à la vérité des faits, comme le font la plupart des anti-conspi, n’est pas la meilleure solution. En tout cas, elle n’est pas suffisante. Elle explique pourquoi dans un essai rafraîchissant, « la Bataille des récits ». Entretien.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Votre métier à Bruxelles est de former les futurs professeurs d’histoire. Les entendez-vous tenir quelquefois des propos à caractère complotistes ?

Marie Peltier : Bien sûr ! J’ai commencé à m’intéresser aux complotismes en 2003, époque où ces propos étaient encore relativement rares. Depuis, leur fréquence a considérablement augmenté. Aujourd’hui, il est fréquent d’entendre des étudiants ou des collègues relayer des théories conspirationnistes, parfois sans même en avoir conscience.

Pour lutter contre ce phénomène, Marie Peltier insiste sur la nécessité de changer d’approche. Selon elle, la simple opposition factuelle ne suffit pas : il faut comprendre les ressorts émotionnels et narratifs qui poussent à adhérer à ces récits. L’humilité, c’est-à-dire reconnaître que nous aussi pouvons être vulnérables à la désinformation, est une clé pour établir un dialogue constructif.

Elle critique également la posture de « neutralité » souvent adoptée par les institutions éducatives ou médiatiques, qui peut renforcer la méfiance. Au lieu de cela, elle préconise une approche plus empathique et moins moralisatrice, capable de prendre en compte les peurs et les frustrations qui alimentent le complotisme.

Dans son essai, elle propose des pistes concrètes pour les enseignants, les journalistes et les citoyens : privilégier l’écoute, éviter la condescendance, et construire des récits alternatifs solides et attractifs. Car, comme elle le rappelle, la bataille contre le complotisme est aussi une bataille de récits.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale