L'illustratrice Colcanopa, connue pour son regard acéré sur le monde du travail, publie une série de dessins inédits consacrés à l'été au bureau. Intitulée « Archéologie de couloir », cette série capture l'atmosphère singulière des entreprises pendant les mois de juillet et août, quand les effectifs fondent et que les rituels quotidiens se transforment.
Des couloirs déserts et une climatisation polaire
Dans ses dessins, Colcanopa met en scène des salariés esseulés, emmitouflés dans des pulls alors que le thermomètre extérieur frôle les 35°C. « C'est un monde parallèle, où le silence est assourdissant et où chaque bruit de pas résonne comme un événement », explique-t-elle. Les couloirs, habituellement animés, deviennent des lieux de passage quasi déserts, où les rares collègues croisés se saluent avec une intensité nouvelle.
La série compte une vingtaine de dessins, publiés quotidiennement sur son compte Instagram. L'un d'eux montre un employé seul face à une machine à café, le regard vide, tandis qu'un autre illustre une réunion qui aurait dû rassembler douze personnes mais n'en compte que trois. « L'été, c'est le moment où les hiérarchies se resserrent parfois, mais aussi où l'absurdité des process apparaît au grand jour », ajoute-t-elle.
Un rituel estival bien connu des travailleurs
Colcanopa s'inspire de ses propres expériences en agence de communication. « J'ai passé des étés à regarder les plantes vertes dépérir parce que personne n'était là pour les arroser », confie-t-elle. Ses dessins, au trait simple et aux couleurs vives, mêlent humour noir et tendresse pour ces moments de solitude partagée. Selon une étude de l'Ifop citée par l'artiste, 62 % des salariés français estiment que l'ambiance au bureau change radicalement en été, avec une baisse de la productivité mais aussi une plus grande convivialité entre les présents.
La série a rapidement trouvé son public : en trois semaines, elle a cumulé plus de 150 000 likes sur les réseaux sociaux. « Les gens se reconnaissent dans ces situations, que ce soit le collègue qui met la clim à fond ou celui qui prend des pauses déjeuner interminables », note Colcanopa.
Un regard sociologique sur le travail
Au-delà de l'humour, « Archéologie de couloir » offre une réflexion sur l'évolution du travail. Les dessins montrent des open spaces vidés de leurs occupants, des salles de réunion transformées en vestiaires improvisés, et des managers qui tentent de maintenir une activité normale malgré l'absence de la majorité des équipes. « L'été révèle les fragilités de l'organisation du travail, mais aussi la capacité d'adaptation des salariés », analyse-t-elle.
Colcanopa prévoit de publier un recueil de ces dessins à la rentrée, aux éditions La Découverte. « J'aimerais que ce livre serve de témoignage de cette période étrange, entre vacances et travail, où le bureau devient un lieu presque fantomatique », conclut-elle.



