L'Académie des langues dialectales publie dans sa « Collection Louis Notari » un manuscrit inédit du fondateur de la langue monégasque, intitulé « U libru d'i aujeli » (Le livre des oiseaux), édité par le linguiste ligure Stefano Lusito. Ce document précieux, resté « silencieux » dans les cartons du barde monégasque depuis 1946, mêle poésie, ornithologie et richesse du parler local.
Un trésor linguistique et ornithologique
Écrit par Louis Notari, qui fut conseiller d'État, cet ouvrage de 150 pages et 37 poésies n'est pas une simple description fantaisiste des passereaux locaux. Chaque volatile est replacé dans son énoncé linguistique grâce au recensement des dénominations locales propres. Ces appellations vernaculaires traduisent l'observation attentive des comportements, des chants, des couleurs ou des habitats des oiseaux, et témoignent de la manière dont la population d'antan avait acquis sa connaissance du vivant avant les classifications scientifiques contemporaines.
Le lecteur y découvre des noms comme « U viciu re » (le roitelet huppé), « L'aujelu büschœtu-minelu » (l'oiseau bleu), « A ra lódura » (l'alouette) ou « Ë rúndure » (les hirondelles). L'ouvrage, présenté par le président Claude Passet et annoté par le petit-fils Bernard Notari, est suivi de « Bülüghe munegasche ».
Entre La Fontaine et la culture monégasque
La plume de Louis Notari est souvent comparée à celle de Jean de La Fontaine, mais leurs objectifs diffèrent. Le lettré du Grand Siècle s'intéresse aux travers humains, tandis que l'érudit du Rocher utilise la poésie vernaculaire pour observer ses semblables à travers le prisme de la société et de la culture monégasques, tout en transmettant une sagesse accessible.
Les oiseaux sont observés au sein de la canopée du bosquet de Saint-Martin, un lieu cher à l'auteur natif du Rocher. Cette double lecture, à la fois dialogue et dialectique, est enrichie par les commentaires de Stefano Lusito en introduction, dont le parcours scientifique a exploré les liens historiques et linguistiques entre la Ligurie, Monaco et la Provence orientale.
Un ouvrage pour la mémoire et la biodiversité
À une époque où la protection de la biodiversité et la transmission des patrimoines culturels deviennent des enjeux majeurs, « U libru d'i aujeli » rappelle que les oiseaux ne sont pas seulement des espèces à observer. Ils sont aussi les gardiens d'une mémoire, les témoins d'une histoire et les messagers d'une langue qui continue, à travers eux, de raconter Monaco.
L'ouvrage est vendu au prix de 15 euros. Pour se le procurer, il faut s'adresser au président Claude Passet au 06.83.58.06.38 ou par courriel à cpasset@libello.com.



