Un roman suisse bouleversant sur la vieillesse et la perte
Roman suisse sur la vieillesse et la perte

Il existe une catégorie bien particulière de romans tristes : ceux avec un chien qui meurt. Voici une variante encore plus déchirante. Le chien de ce livre, Sixten, est bien vivant. Mais son maître, Bo, 89 ans, s’achemine vers la fin. Pour le préserver, son fils Hans veut lui enlever l’animal, qu’il considère comme un fardeau. « Sixten se blottit contre moi. […] Il ne veut pas. Je ne veux pas. Mais ce que je veux ou ce qu’il veut ne compte pas. Notre opinion ne compte plus depuis longtemps. »

Un succès international mérité

Avancer qu’un livre s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires en Suède, pays de son autrice, et 100 000 au Royaume-Uni, qu’il a été traduit en 45 langues, qu’il est numéro 1 des ventes en Allemagne et qu’une adaptation cinématographique est en cours est un argument insuffisant pour le défendre. Certains best-sellers font encore mieux, et ne valent rien. Mais cet engouement international est absolument justifié. En lisant ce roman, publié par les belles éditions de La Peuplade, invitées d’honneur de la Comédie du Livre, l’émotion nous foudroie.

Vulnérabilité et mémoire

Lisa Ridzén saisit la catastrophe ordinaire du vieillissement, l’indicible bouleversement d’une vie qui se désagrège et dont les souvenirs s’obstinent. Bo conserve dans un bocal le foulard portant l’odeur de sa femme, internée et démente, qui lui manque, et à qui il s’adresse. « Ce n’est pas toi qui restes assis ici, avec toute une vie de souvenirs dans un corps qui s’éteint lentement. » Tout est dans le livre : la blessure de l’enfance, le père violent, le chien de jeunesse assassiné, l’amour pour cette petite-fille si vive qui rend visite à son vieux papy, la honte du corps qui se déglingue, la tendresse des aides à domicile, les dialogues pudiques avec un meilleur ami tout aussi moribond.

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Le fils, lui-même absurdement vieux. L’éternité du sentiment paternel : « J’aimerais poser ma main sur sa tête pour ébouriffer ses cheveux clairsemés. » Une existence, tendue entre ses deux extrémités les plus vulnérables : l’enfance où l’on vous blesse en ne vous protégeant pas assez, la vieillesse où l’on vous meurtrit en vous protégeant trop.

Les grues volent vers le sud, de Lisa Ridzén, traduit par Catherine Renaud (La Peuplade, 432 p., 23 €).

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