La romancière mozambicaine Paulina Chiziane, première femme à recevoir le prix Camões en 2021, estime que la polygamie est un sujet mal compris. Dans un entretien, elle déclare : « Beaucoup de gens parlent de polygamie mais ne savent pas de quoi il s'agit. » Pour elle, cette pratique, souvent réduite à un cliché, recouvre des réalités sociales et économiques complexes en Afrique.
Une pratique ancrée dans les réalités africaines
Paulina Chiziane explique que la polygamie n'est pas qu'une affaire de mœurs. Elle est liée à des questions de survie économique et de solidarité féminine. Dans de nombreuses sociétés, les femmes s'entraident au sein d'un même foyer. La romancière souligne que les critiques occidentales ignorent souvent ces dimensions. Selon elle, « la polygamie est une institution qui a ses règles, ses droits et ses devoirs ».
L'écrivaine, née en 1955 à Manjacaze, dans le sud du Mozambique, puise dans son expérience et ses observations pour nourrir ses romans. Son œuvre, traduite dans plusieurs langues, aborde la condition féminine et les traditions africaines. Elle a notamment publié « Niketche : une histoire de polygamie » en 2002, qui raconte la vie d'une femme confrontée à l'infidélité de son mari.
Un regard nuancé sur la condition féminine
Paulina Chiziane ne se contente pas de défendre la polygamie. Elle en montre aussi les dérives, comme la souffrance des femmes et la domination masculine. Dans ses livres, elle dépeint des héroïnes qui cherchent à s'émanciper. La romancière affirme que la littérature est un moyen de « donner la parole à celles qui n'ont pas la parole ».
Son engagement lui a valu une reconnaissance internationale. En 2021, elle est devenue la première femme africaine à remporter le prix Camões, la plus haute distinction littéraire en langue portugaise. Ce prix, doté de 100 000 euros, récompense l'ensemble de son œuvre. La romancière a également reçu le prix José Craveirinha en 2003, une récompense majeure au Mozambique.
Un appel à la compréhension des cultures
Pour Paulina Chiziane, la polygamie ne doit pas être jugée à l'aune des valeurs occidentales. Elle appelle à une meilleure connaissance des contextes locaux. « Il faut comprendre avant de condamner », insiste-t-elle. Son travail d'écriture vise à jeter des ponts entre les cultures et à lutter contre les préjugés.
La romancière continue de militer pour les droits des femmes, tout en respectant les traditions. Elle participe régulièrement à des conférences et des ateliers d'écriture à travers le monde. Son œuvre, traduite en français, en anglais et en allemand, contribue à faire connaître la littérature mozambicaine. En 2023, elle a publié un nouveau roman, « O Alegre Canto da Perdiz », qui explore les relations familiales et la mémoire coloniale.



