Paraty se réveille sous une lumière tropicale. Dans son récit publié dans Le Point, l’écrivain Sébastien Lapaque raconte cette ville de la côte sud du Brésil, où la littérature occupe tout l’espace. La petite cité historique, blottie entre la baie et la forêt atlantique, accueille chaque année la Festa Literária Internacional de Paraty, plus connue sous l’acronyme FLIP. Depuis 2003, l’événement transforme les ruelles pavées en un immense forum des idées.
Une ville à l’histoire extraordinaire
Paraty conserve un patrimoine exceptionnel. Plus de 300 maisons du XVIIIe siècle, repeintes en blanc et aux portes bleues ou vertes, bordent des rues dessinées au cordeau. Les marées viennent parfois inonder le pavé, donnant au centre historique un air vénitien. La ville fut, aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’un des ports les plus actifs de la colonie portugaise. L’or du Minas Gerais y transitait avant de gagner l’Europe. Ce passé de comptoir et de contrebande a laissé des forts, des églises baroques et un réseau de chemins de pierre menant à l’intérieur des terres.
En 2019, l’Unesco a inscrit l’ensemble urbain de Paraty et la baie de Ilha Grande au patrimoine mondial de l’humanité. La commune, qui compte environ 43 000 habitants, se situe à quelque 200 kilomètres au sud-ouest de Rio de Janeiro. Une situation qui en fait une destination prisée, mais aussi un refuge pour les artistes et les éditeurs.
La FLIP, un festival né en 2003
La FLIP a été lancée en 2003 avec une ambition simple : faire de Paraty la capitale brésilienne du livre. Le festival se tient au début du mois de juillet, au moment où la ville est au sommet de sa beauté tropicale. Sous des tentes blanches installées sur la place centrale, des auteurs du monde entier se succèdent pour des lectures, des débats et des séances de dédicace. La manifestation s’est rapidement imposée comme l’une des plus importantes d’Amérique latine.
Sébastien Lapaque ne se contente pas de décrire l’événement. Il montre comment la FLIP parvient à mêler les générations et les langues. Les auteurs brésiliens y côtoient des écrivains d’Afrique, d’Europe et des États-Unis. Les traductions sont nombreuses, et le public participe avec passion. La fête littéraire est aussi une fête civique.
Sur la route de l’or
Aux portes de la ville, le Caminho do Ouro rappelle un chapitre douloureux et fascinant de l’histoire brésilienne. Cet itinéraire pavé de pierres au XVIIIe siècle servait au transport de l’or et des marchandises entre les mines de Minas Gerais et le port de Paraty. Les esclaves, les mulets et les aventuriers y ont laissé une mémoire profonde. Aujourd’hui, le chemin attire les randonneurs du monde entier. Il serpente sous la canopée, entre les ruisseaux et les cascades. Pour Lapaque, cet héritage fait partie de ce qu’il appelle « le génie du lieu ».
Un patrimoine vivant
Paraty n’est pas une ville-musée. Le centre historique reste habité, commerçant, traversé par la vie quotidienne. Les barques de pêcheurs, les étals de fruits et la cuisine locale côtoient les librairies et les ateliers d’artisans. Cette vitalité explique sans doute l’attachement des habitants à leur ville. L’écrivain et journaliste français insiste sur cette continuité entre passé et présent. Chaque ruine, chaque église, chaque maison raconte une partie de l’histoire du Brésil.
La lumière de Paraty, avec ses levers de soleil sur l’océan et ses après-midis orageux, donne à la ville une atmosphère unique. Les peintres, les photographes et les cinéastes ne s’y sont pas trompés. Mais pour les amoureux des livres, Paraty est surtout un point de rencontre. La littérature y trouve un écrin à la mesure de son ambition : universelle.
Le soleil de la littérature
Sébastien Lapaque, dans ce récit au long cours, célèbre une idée simple : la littérature est une fête. À Paraty, elle se partage au soleil, face à la mer. Les écrivains ne sont pas des statues lointaines ; ils marchent dans les rues, s’assoient aux terrasses, répondent aux lecteurs. La fiction et le réel se mêlent, comme les eaux de la baie et de la rivière.
Au final, cette escale brésilienne apparaît comme une leçon d’humanité. Dans un monde où les écrans isolent, Paraty démontre que les livres savent encore créer du lien. Il suffit d’un été, d’une place ombragée et d’un auteur pour que la ville entière se mette à vibrer. Ce n’est pas la moindre des magies que décrit Sébastien Lapaque.



