Natacha Polony : « On lisait Dumas comme on regarde Netflix »
Natacha Polony : Dumas, l'ancêtre de Netflix

Dans un entretien accordé au Point, la journaliste et essayiste Natacha Polony a livré une analyse surprenante de l'œuvre d'Alexandre Dumas, la comparant aux séries télévisées contemporaines. Selon elle, « avant, on lisait Dumas comme on regarde une série Netflix aujourd'hui ». Cette déclaration, qui a fait réagir les milieux littéraires, met en lumière la modernité des récits de l'auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo.

Une comparaison audacieuse qui interroge notre rapport à la lecture

Natacha Polony, connue pour ses positions tranchées sur la culture et la société, explique que les romans-feuilletons du XIXe siècle, popularisés par Dumas, possédaient déjà les codes narratifs que l'on retrouve aujourd'hui dans les productions de plateformes comme Netflix. « Les chapitres s'arrêtaient souvent sur un suspense, un coup de théâtre, pour donner envie de lire la suite », précise-t-elle. Cette structure, typique du feuilleton, est similaire à celle des épisodes de séries, qui se terminent fréquemment par un cliffhanger pour retenir l'audience.

L'essayiste, qui a récemment publié un ouvrage sur la décadence des élites, voit dans cette comparaison une manière de réhabiliter la lecture auprès des jeunes générations. Elle estime que si les jeunes d'aujourd'hui « passent des heures devant des séries, ils pourraient tout à fait apprécier Dumas, à condition de ne pas le présenter comme un classique poussiéreux ». Selon elle, l'œuvre de Dumas est « d'une modernité étonnante » par son rythme, ses rebondissements et ses personnages hauts en couleur.

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Le succès des adaptations récentes conforte son analyse

Cette déclaration intervient alors que les adaptations de Dumas connaissent un regain d'intérêt. En 2023, la série Le Comte de Monte-Cristo a été l'une des plus regardées sur une plateforme de streaming française, avec plus de 10 millions de vues en deux semaines. Un phénomène qui tend à donner raison à Natacha Polony. « Le public est prêt pour ce genre de récits, il suffit de les lui proposer sous une forme accessible », ajoute-t-elle.

Pour la journaliste, cette comparaison n'a rien de péjoratif. Au contraire, elle souligne la qualité narrative de Dumas, qui a su capter l'attention de son époque comme les créateurs de séries savent le faire aujourd'hui. Elle appelle d'ailleurs les enseignants à « utiliser Dumas comme une porte d'entrée vers la lecture », plutôt que de le cantonner aux programmes scolaires.

Une polémique dans le monde littéraire ?

Si certains critiques ont salué cette approche, d'autres y voient une « vulgarisation » de la littérature. Mais Natacha Polony assume : « La littérature a toujours été populaire. Dumas était un auteur à succès, lu par des millions de personnes. Le mépris pour les récits qui plaisent au plus grand nombre est un phénomène récent ». Elle rappelle que Dumas était lui-même un prolifique feuilletoniste, publiant ses œuvres dans la presse, et qu'il était considéré à son époque comme un auteur de divertissement, avant d'être consacré par la postérité.

Cette prise de position relance le débat sur la place des classiques dans notre culture contemporaine. Faut-il les adapter aux goûts du jour pour les rendre accessibles ? Ou doit-on les préserver dans leur forme originelle ? Pour Natacha Polony, la réponse est claire : « Il faut arrêter de considérer la lecture comme une activité élitiste. Dumas est un formidable vecteur d'évasion et de réflexion, et si les séries peuvent y conduire, tant mieux ».

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