Marcel Cohen, l'écrivain du monde et des autres, est mort
Marcel Cohen, écrivain du monde, est mort

Le romancier et essayiste Marcel Cohen est décédé dimanche 2 août 2026 à l'âge de 89 ans. L'information, rapportée par sa famille, a été confirmée par sa maison d'édition. Avec lui disparaît une figure singulière de la littérature française, longtemps restée en marge des projecteurs, mais dont l'œuvre a profondément marqué les lecteurs attentifs.

Né en 1937 en Tunisie, dans une famille juive, Marcel Cohen avait passé son enfance entre Sfax et Tunis, avant de rejoindre la France. Ces racines méditerranéennes, imprégnées de langues et de traditions multiples, ont façonné son rapport au monde et à l'écriture.

Un itinéraire entre deux rives

Après des études à Paris, Marcel Cohen se tourne d'abord vers le journalisme. Il collabore à plusieurs journaux et revues, ce qui lui donne une connaissance intime du terrain humain. Mais très vite, l'écriture littéraire s'impose à lui. Dans les années 1960, il publie ses premiers textes, qui retiennent l'attention de la critique.

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Son premier livre, paru en 1965, annonce déjà le ton de son travail : une attention aux détails du quotidien, une méfiance envers les grands mots, un goût pour ce qui échappe. Il s'inscrit dans le sillon d'une littérature de l'intime, mais ouverte sur les autres.

La mémoire et l'absence au cœur de l'œuvre

La disparition de sa mère, déportée à Auschwitz, constitue le point de bascule de sa vie et de son écriture. Marcel Cohen ne cessera de revenir sur ce vide, non pour le combler, mais pour le cerner avec des mots précis. Plusieurs de ses récits autour de cette perte sont devenus des références dans la littérature de l'après-Shoah.

Il refusait cependant d'être réduit à ce seul thème. Pour lui, la mémoire n'était pas un devoir, mais une porte d'entrée vers l'autre. Cette nuance est essentielle : il s'agissait de faire vivre des voix, pas de ressusciter les morts.

Une conception hospitalière de la littérature

Marcel Cohen a toujours eu une conception hospitalière de la littérature. Dans ses livres, il laisse une large place aux récits des autres, aux histoires entendues, aux visages croisés. Son approche, souvent résumée par l'idée qu'il « laissait le monde venir à lui », traduit une posture rare : ne pas chercher à dominer le réel, mais se mettre à son écoute.

Cette méthode se retrouve dans ses récits documentaires, où il restitue des paroles collectées avec une précision scrupuleuse. Il est considéré comme l'un des artisans du renouveau du récit factuel en France dans les années 1980, aux côtés d'autres écrivains qui ont voulu redonner toute sa place au réel.

Un passeur entre les cultures

Son activité de traducteur participe également de cette ouverture. Marcel Cohen a traduit des auteurs américains, mais aussi des écrivains issus du monde arabe. Traduire était pour lui un prolongement naturel de son propre geste d'écriture : faire passer des voix d'une langue à l'autre, d'un monde à l'autre.

Cette curiosité lui a valu une reconnaissance internationale, notamment en Italie et dans le monde arabe, où plusieurs de ses ouvrages ont été traduits. Il a aussi enseigné la littérature, avec une discrétion qui lui ressemblait, refusant souvent les honneurs.

Une reconnaissance progressive

Bien que jamais tout à fait inconnu, Marcel Cohen a gagné en visibilité au fil des décennies. À partir des années 2000, plusieurs de ses livres ont été distingués par des prix prestigieux. Les lecteurs ont alors redécouvert une œuvre exigeante, mais profondément humaine.

Sa notoriété, toutefois, n'a jamais altéré sa réserve. Il demeurait un écrivain de l'écart, loin du bruit médiatique, ce qui fait de son travail un objet de culte pour les bibliophiles et les universitaires.

Les dernières années et l'œuvre inachevée

Dans ses derniers livres, Marcel Cohen s'était lancé dans la collecte de ce qu'il appelait des « faits » : des scènes ténues, des observations, des paroles volées au quotidien. Cette méthode a culminé dans une veine tardive, d'une puissance presque documentaire.

Il travaillait encore à un manuscrit quelques jours avant sa mort, selon son entourage. Ce texte devait revenir sur ses années tunisiennes, bouclant un cycle d'écriture commencé près de soixante ans plus tôt.

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L'émotion du monde des lettres

Depuis l'annonce de sa disparition, les hommages affluent de toute part. Écrivains, traducteurs, éditeurs et lecteurs saluent la mémoire d'un homme d'une hospitalité rare et d'une exigence morale sans faille. Son nom restera associé à une certaine idée de la littérature, tournée vers l'autre et le monde.

Un dernier adieu lui sera rendu dans la plus stricte intimité. Marcel Cohen laisse une œuvre considérable, qui continue à parler aux générations présentes, et le souvenir d'un écrivain qui ne s'est jamais mis en avant, mais qui a su faire entendre les voix du monde entier.