Karina Testa, une « fille du pays » consacrée aux Molières
Karina Testa, « fille du pays » consacrée aux Molières

Karina Testa, une « fille du pays » consacrée aux Molières. « Le procès d’une vie », pièce consacrée à la plaidoirie de Gisèle Halimi au procès de Bobigny dont l’Antiboise est la co-autrice et comédienne, vient de remporter trois Molières. On pourra la découvrir en novembre à Fréjus et La Trinité.

Une consécration inattendue

Karina Testa, qui a co-écrit « Le procès d’une vie », tient aussi le rôle de cinq personnages dont celui de Micheline Bambuck, secrétaire dactylo et faiseuse d’anges. Elle nous a envoyé un petit mail mignon, avec des smileys. « Je suis une fille du pays ;-) […]. Lundi soir, j’ai reçu le Molière de la meilleure autrice avec ma co-autrice et amie […] Si vous avez envie de faire un petit article sur tout ça, j’en serai ravie. » Elle est ainsi, Karina Testa, d’une simplicité déconcertante. « C’est ma mère qui a pensé à vous contacter en réalité... Je n’aurais pas osé ! », souffle l’artiste, que l’on joint par téléphone.

Sur les bancs de l’école et du collège de la Tramontane à Juan-les-Pins, rien ne semblait mener Karina Testa jusqu’à la scène des Molières. Et pourtant. Le Procès d’une vie, pièce consacrée à la plaidoirie de Gisèle Halimi au procès de Bobigny, qu’elle a écrite avec son amie Barbara Lamballais, vient de décrocher trois récompenses. Molière pour les autrices, en plus de celui du meilleur spectacle dans le privé et du second rôle pour Jeanne Arènes. Une consécration pour celle qui rêve désormais de jouer ce spectacle… chez elle, à Antibes. « On était déjà hyper contentes d’avoir des nominations. Mais trois Molières face à de très gros spectacles, c’était une vraie surprise », confie la comédienne, encore portée par l’euphorie de la cérémonie, qui s’est tenue ce lundi 4 mai, aux Folies Bergère et au cours de laquelle une standing ovation a été faite à l’équipe de la pièce.

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Des racines azuréennes

Née à Cannes, élevée à Juan-les-Pins « avenue de Cannes », Karina Testa garde un attachement viscéral à ses racines azuréennes. « Mon père est un pur Antibois. Il travaillait sur le marché provençal avec son stand de charcuterie. » Dans la famille, le nom de sa tante Fernande résonne encore auprès des Cannois. Figure du Suquet, elle tenait un bar américain. « Elle était un peu la reine de la nuit », sourit l’actrice.

La culture et le théâtre ne faisaient pas vraiment partie du décor familial. « Je viens d’une famille qui ne poussait pas spécialement vers ça. » Adolescente, elle fait un peu de mannequinat, avant de s’inscrire en fac de droit. Le déclic viendra plus tard, à Paris. « Quand j’étais dans le Sud, j’allais voir Titanic au ciné, comme tout le monde. C’est en montant à Paris que j’ai découvert le théâtre, les textes, le cinéma autrement. Ça m’a passionnée. J’ai voulu devenir comédienne et j’ai à peu près réussi à l’être ». Karina, 44 ans, marque une pause. « En revanche, je n’aurais jamais cru que j’allais écrire un jour quelque chose. Même si j’ai toujours eu envie un petit peu, mais je n’avais pas confiance en moi, en ce que j’écrivais. Avec l’âge, je me suis dit qu’on s’en foutait du regard des autres. »

Une rencontre déterminante

Au Cours Florent, elle rencontre celle qui deviendra sa complice artistique : Barbara Lamballais. Vingt-trois ans plus tard, les deux amies signent ensemble Le Procès d’une vie, créé au Festival Off d’Avignon à l’été 2025 puis repris à Paris, au Splendid à partir de janvier 2026. Une aventure née d’abord de l’envie d’écrire des rôles de femmes pour des femmes. « Au départ, on voulait parler de nos expériences personnelles. Et puis j’avais dans mon ordinateur cette idée autour du procès de Bobigny et de Gisèle Halimi… »

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Un travail main dans la main avec l’entourage de Gisèle Halimi

Le spectacle retrace le combat historique de l’avocate lors du procès d’une jeune fille, Marie-Claire Chevallier (Maud Forget), poursuivie pour avoir avorté après un viol, en 1971. Sa mère Michèle (Céline Toutain) employée de la RATP qui élève seule ses trois enfants sollicite son amie, la très catholique Lucette (Jeanne Arènes) pour trouver une faiseuse d’ange (Karina Testa). Renée, une autre camarade (Déborah Grall) entre dans la boucle protectrice. Poursuivies en justice, elles sont défendues par Gisèle Halimi (Clotilde Daniault). Une partie de la véritable plaidoirie de l’avocate féministe est reprise sur scène. « On l’a un peu adaptée parce qu’elle est très longue, mais il n’y avait quasiment rien à toucher tellement elle est magnifique », glisse Karina Testa.

Lorsque l’écriture de cette œuvre débute en 2017, Gisèle Halimi (1927-2020) est encore en vie. Les autrices échangent avec elle, puis avec son entourage et son association. « On a travaillé main dans la main avec les personnes qui portent aujourd’hui son héritage. On a notamment monté un projet éducatif avec un lycée à Saint-Nazaire autour de ce que dit la pièce. »

Une tournée et des projets

À Avignon, l’été dernier, le spectacle séduit programmateurs et directeurs de salles. Avant même les Molières, une tournée de soixante-dix dates est déjà lancée. Parmi elles, le Forum de Fréjus le 24 novembre et la toute nouvelle salle de La Trinité - la Stella qui ouvrira dans quelques semaines - le 25 novembre 2026. « Maintenant, je milite pour Antibes », lance-t-elle en riant. « Jouer ici, ce serait symbolique. » Elle glisse même, comme un appel du pied au théâtre Anthéa : « Je crois qu’ils ont attendu les Molières pour nous répondre ! »

Depuis cette pluie de récompenses, les projets s’accélèrent. Cet été, Karina Testa reviendra au Festival d’Avignon à la fois avec Le procès d’une vie mais aussi la création Cactus d’une autre Azuréenne, Laetitia Gonzalbes. Formée à la Fémis en scénario, Karina Testa développe aussi un long-métrage avec une productrice et prépare un court-métrage. « Les Molières seront peut-être un bon sésame », espère-t-elle.