Dans son ouvrage "Le jour où je suis devenu archéologue" (Éditions de l'Observatoire, 186 pages, 18 euros), Dominique Garcia, président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et enseignant à l'université d'Aix-en-Provence, retrace son parcours. Fils de vigneron, né dans la vallée de l'Hérault, il y a débuté l'archéologie au collège à Clermont-l'Hérault. Aujourd'hui, il constate : "L'archéologie a longtemps été un sport de combat, aujourd'hui, c'est un sport d'équipe."
Une vocation née dans la vallée de l'Hérault
Garcia souligne l'importance historique et archéologique de cette vallée, souvent sous-estimée face aux grands monuments romains comme l'amphithéâtre de Nîmes. "Il y a un patrimoine officiel, mais ce qu'a montré l'archéologie ces vingt dernières années, c'est qu'entre ces monuments conservés, il y a tout un espace occupé aujourd'hui qui l'était déjà dans les périodes anciennes", explique-t-il. La vallée de l'Hérault a été une porte d'entrée pour les Grecs, qui ont apporté le mode de vie urbain, la culture de la vigne et de l'olivier, l'écriture et la monnaie.
Se sentir méditerranéen
Pour Garcia, être méditerranéen signifie partager des pratiques culturelles. "Les Grecs ont apporté le mode de vie urbain, la culture de la vigne et de l'olivier... Les modes de vie méditerranéens sont une invention relativement récente", dit-il. Il rappelle que la première ville importante en France est Marseille, la deuxième Agde. À partir de ces points d'entrée, les pratiques méditerranéennes se sont diffusées jusqu'au Larzac et, dans la vallée du Rhône, jusqu'à Lyon et la Bourgogne.
De l'archéologie amateur à la professionnalisation
Garcia a découvert l'archéologie au collège grâce à un enseignant. "Devenir prof me semblait inatteignable, mais la notion de transmission était importante", confie-t-il. Il décrit une profonde transformation de la discipline : il y a trente ou quarante ans, la France comptait environ 300 archéologues professionnels, travaillant principalement à l'étranger. Aujourd'hui, ils sont plus de 3 000. Cette évolution est liée à l'aménagement du territoire (autoroutes, littoral, urbanisation) qui a révélé des vestiges et suscité une archéologie de sauvetage, structurée avec la création de l'Inrap et des services de collectivités.
La place des amateurs
Les amateurs ont moins de place sur le terrain en raison de la professionnalisation et de la technicité accrue. Cependant, Garcia note qu'ils existent encore, notamment dans la région, où ils assurent un travail de veille et d'observation.
L'archéologie, une science d'équipe
Garcia compare l'archéologie à une science dure, avec une part d'ingénierie proche du BTP. "Aujourd'hui, l'archéologue étudie les graines, le paysage, l'ADN. C'est devenu beaucoup plus spécialisé ; il est entouré de gens qui ont ces compétences", explique-t-il. Il évoque trois souvenirs marquants de fouilles : la nécropole grecque et celtique d'Agde (2018), l'exploration du quartier portuaire de Délos en Grèce, et le chantier de Notre-Dame de Paris après l'incendie de 2019, où l'Inrap a participé à la restauration et à la découverte de sculptures médiévales et du sarcophage du poète Jean du Bellay.
L'émotion de la découverte
Interrogé sur l'imaginaire qui opère lors des fouilles, Garcia répond : "Quand on démarre sur un chantier, on a toujours ce regard-là. De temps en temps, je pensais être un peu fou, mais mes collègues ont la même vision." Il ajoute que la visite d'un site ou d'un musée suscite un besoin de repères qui crée l'humanité. "Quand Notre-Dame a pris feu, l'émotion a été universelle. Ça fait partie des symboles qui caractérisent l'humanité."
Conseil aux étudiants
Pour les étudiants qui s'apprêtent à rejoindre les fouilles estivales, Garcia affirme : "Le terrain, c'est là où on commence. On ne peut plus faire de l'archéologie tout seul, en bibliothèque ou dans un musée."



