Un documentaire intime et politique sur une ville portugaise
Le réalisateur portugais Pedro Cabeleira présente son nouveau documentaire, Entroncamento, qui explore sa ville natale du même nom, située à une centaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Depuis 2021, cette cité ferroviaire est dirigée par un maire d'extrême droite, Ildefonso Lima, élu sous la bannière du parti Chega. Le film, présenté en avant-première au festival de cinéma de Locarno en août 2025, mêle images d'archives familiales, séquences contemporaines et témoignages pour dresser un portrait intime et politique de cette communauté.
La montée de l'extrême droite dans une ville ouvrière
Entroncamento, longtemps bastion socialiste, a basculé à l'extrême droite lors des élections municipales de 2021. Ildefonso Lima, ancien policier, a remporté la mairie avec 52% des voix, promettant de lutter contre l'insécurité et l'immigration. Le documentaire de Cabeleira montre comment cette transition politique a divisé la ville. Selon le réalisateur, « la campagne de Lima a joué sur les peurs des habitants, en particulier face à l'arrivée de migrants brésiliens et africains ». Le film inclut des images de meetings où le maire dénonce « l'islamisation » de l'Europe, bien que la communauté musulmane d'Entroncamento soit infime.
Un regard personnel sur les transformations urbaines
Cabeleira, né en 1984 à Entroncamento, utilise des extraits de films amateurs tournés par son père dans les années 1990. Ces séquences montrent une ville en pleine mutation, avec l'essor de la zone industrielle et l'arrivée de nouveaux habitants. Le documentaire contraste ces images avec des plans récents de quartiers délabrés et de commerces fermés. Le chômage dans la région atteint 12%, soit trois points de plus que la moyenne nationale. Le réalisateur interroge des anciens camarades d'école, dont certains ont voté pour l'extrême droite. L'un d'eux déclare : « On ne se sent plus chez nous, il y a trop d'étrangers. »
La réponse du maire et les réactions locales
Le maire Ildefonso Lima a refusé d'être interviewé pour le film. Son équipe municipale a toutefois autorisé le tournage dans les espaces publics. Dans une déclaration à la presse locale, Lima a qualifié le documentaire de « vision partiale et élitiste », affirmant que « les vrais problèmes sont l'insécurité et le manque de logements sociaux pour les Portugais ». Le film a suscité des débats houleux dans la ville. Une projection privée organisée en juin 2025 a réuni 200 personnes, dont des militants d'extrême droite qui ont tenté d'interrompre la séance. La police a dû intervenir.
Un film qui interroge l'identité nationale
Au-delà du cas d'Entroncamento, le documentaire de Pedro Cabeleira s'inscrit dans une réflexion plus large sur la montée des populismes en Europe. Le Portugal, longtemps considéré comme un îlot de résistance à l'extrême droite, a vu le parti Chega obtenir 12% des voix aux législatives de 2024. Pour Cabeleira, « Entroncamento est un microcosme de ce qui se passe dans tout le pays : la mondialisation a laissé des gens de côté, et l'extrême droite capitalise sur ce ressentiment ». Le film se termine sur une note ambiguë, montrant des enfants jouant dans une rue vide, symbole d'un avenir incertain.



