Confucianisme coréen : une clé pour comprendre la Corée du Sud
Confucianisme coréen : clé pour la Corée du Sud

Dans son ouvrage « Confucianisme, la voie coréenne », l'historien et sinologue Jean-Pierre Duteil décrypte l'empreinte profonde du confucianisme sur la Corée du Sud contemporaine. Publié aux éditions Les Belles Lettres, ce livre de 320 pages offre une analyse inédite de la manière dont cette philosophie millénaire continue de structurer la vie politique, économique et sociale du pays.

Un héritage toujours vivant

Le confucianisme, importé de Chine dès le IVe siècle, a été adopté comme idéologie officielle par la dynastie Joseon (1392-1910). Selon Duteil, « la Corée du Sud est sans doute le pays où le confucianisme est le plus présent dans la vie quotidienne, bien plus qu'en Chine ou au Japon ». L'auteur souligne que 70 % des Sud-Coréens déclarent encore suivre des principes confucéens dans leur vie familiale et professionnelle.

L'ouvrage montre comment les valeurs de loyauté, de piété filiale et de respect des hiérarchies imprègnent les relations professionnelles, l'éducation et même la gouvernance d'entreprise. Le système de recrutement des grandes entreprises, les « chaebols », repose encore sur des réseaux de recommandations et une forte loyauté à l'égard de la hiérarchie.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une philosophie en mutation face à la modernité

Duteil analyse les tensions entre tradition et modernité. Il note que le taux de natalité, le plus bas du monde (0,72 enfant par femme en 2023), est en partie attribuable à la pression confucéenne sur l'éducation des enfants et le coût élevé de leur réussite sociale. « La compétition scolaire exacerbée est un héritage direct de la culture confucéenne de l'examen », explique-t-il.

Le livre consacre un chapitre à l'émergence du féminisme en Corée du Sud, qui remet en cause les structures patriarcales confucéennes. Le mouvement #MeToo coréen, avec des figures comme la journaliste Kim Ji-eun, a dénoncé les discriminations systémiques. Duteil cite une enquête de 2022 montrant que 65 % des femmes sud-coréennes estiment que le confucianisme entrave leur carrière.

Une influence politique persistante

L'auteur examine également le rôle du confucianisme dans la démocratie sud-coréenne. Il relève que le concept de « bonne gouvernance » confucéenne a influencé la culture politique, favorisant un État fort et une certaine déférence envers les dirigeants. Cependant, cette même tradition a aussi nourri des mouvements de contestation, comme les manifestations de 2016-2017 contre la présidente Park Geun-hye, où des valeurs confucéennes de justice et de vertu ont été invoquées.

Duteil conclut que le confucianisme coréen est un « système en constante réinterprétation », capable d'évoluer. Il cite le philosophe Kim Sang-jun, pour qui « le confucianisme doit s'adapter à l'ère numérique et aux revendications d'égalité sans perdre son essence éthique ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale