Alors que l'on commémore cette année le 110e anniversaire de la naissance de Roland Barthes, une exposition au Centre Pompidou lève le voile sur un aspect méconnu de l'écrivain : sa tentative de conversion à la littérature. Loin de l'image du critique sémioticien, Barthes, dans les dernières années de sa vie, a cherché à s'émanciper de la critique pour embrasser une écriture plus personnelle et créative.
Un tournant dans l'œuvre de Barthes
L'exposition, intitulée "Roland Barthes : la conversion impossible", rassemble des manuscrits, des notes et des correspondances inédites qui montrent comment l'auteur de Mythologies a tenté, entre 1975 et sa mort en 1980, de se réinventer comme écrivain. Selon les commissaires de l'exposition, cette période est marquée par une profonde remise en question de son rôle de critique. "Barthes voulait écrire un roman, mais il a toujours été tiraillé entre la théorie et la fiction", explique Tiphaine Samoyault, biographe de Barthes.
Les traces de cette conversion
Parmi les pièces exposées, on découvre des fragments de son projet de roman, intitulé Vita Nova, qu'il n'a jamais achevé. Ces écrits montrent un Barthes cherchant à se défaire des codes académiques pour adopter un style plus intime, proche du journal intime. Ses carnets de 1977-1978, publiés à titre posthume sous le titre Soirées de Paris, sont également présentés. Ils révèlent une écriture fragmentaire, poétique, où la critique laisse place à la sensation et à l'émotion.
Un héritage complexe
Cette tentative de conversion, bien qu'inaboutie, a profondément influencé la réception de son œuvre. Les critiques s'accordent à dire que ses derniers textes, comme La Chambre claire (1980), portent la marque de cette évolution. "La Chambre claire est le sommet de cette tentative : un livre qui n'est ni tout à fait un essai, ni tout à fait un récit, mais une méditation personnelle sur la photographie et la mort", analyse Samoyault.
Une exposition qui interroge le mythe
L'exposition, qui se tient jusqu'en janvier 2027, propose également des ateliers d'écriture inspirés par la méthode barthesienne. Elle attire un public nombreux, preuve que l'auteur continue de fasciner. Selon les chiffres du Centre Pompidou, plus de 120 000 visiteurs ont déjà parcouru l'exposition depuis son ouverture en juin. Un succès qui témoigne de l'actualité de la question : peut-on vraiment se convertir à la littérature ?
Une œuvre inachevée mais féconde
Barthes n'a jamais publié son roman, mais cette période de doute a paradoxalement enrichi sa pensée. Ses séminaires au Collège de France, notamment celui sur "Le Neutre" (1977-1978), montrent un homme en quête d'une écriture du dehors, libérée des contraintes dogmatiques. "Cette conversion, même manquée, a ouvert des voies nouvelles à la critique littéraire", souligne Samoyault.
L'exposition, qui a reçu un accueil critique enthousiaste, replace Barthes dans son époque tout en montrant sa modernité. Elle rappelle que la littérature, pour lui, n'était pas un simple objet d'étude mais une expérience existentielle. Une leçon que les visiteurs peuvent méditer en parcourant les salles du Centre Pompidou.



