Plusieurs communes françaises ont décidé de boycotter des villes belges dirigées par le Rassemblement national (RN), une initiative symbolique qui interroge la coopération transfrontalière et la banalisation de l'extrême droite en Europe. Selon les informations de Libération, cette action fait suite à la victoire du RN aux élections municipales de 2026 dans certaines villes de Belgique, où le parti de Marine Le Pen a remporté des mairies, notamment dans le nord du pays.
Une décision politique forte
Les communes françaises concernées, situées principalement dans les Hauts-de-France, ont officiellement annoncé la suspension de leurs jumelages et de toute coopération culturelle, économique ou éducative avec ces villes belges. « Nous ne pouvons pas accepter que des villes soient dirigées par un parti qui véhicule des idées contraires à nos valeurs républicaines », a déclaré le maire d'une commune du Nord, sous couvert d'anonymat. Cette décision a été prise après des délibérations municipales et des votes unanimes dans plusieurs conseils municipaux.
Les villes belges concernées, dont certaines comptent plus de 30 000 habitants, sont accusées de normaliser l'extrême droite au niveau local. Les élus français affirment que ce boycott est un acte de résistance démocratique face à la montée des nationalismes en Europe. « C'est un signal fort envoyé à nos partenaires européens : nous ne transigeons pas avec les valeurs de tolérance et de solidarité », a ajouté un autre élu.
Des conséquences concrètes
Concrètement, ce boycott implique l'arrêt des échanges scolaires, des festivals communs, et des projets de coopération transfrontalière financés par l'Union européenne. Plusieurs associations locales, comme les comités de jumelage, ont été dissoutes ou ont vu leurs activités suspendues. Selon une estimation, plus de 200 projets de coopération sont concernés, touchant environ 15 000 citoyens français et belges.
Cette décision a également des répercussions économiques, notamment dans le secteur du tourisme et du commerce local. Certains commerçants des villes belges boycottées expriment leur mécontentement, estimant que ce n'est pas la population qui doit payer pour les choix politiques. « Nous ne sommes pas responsables de l'élection, et nous perdons des clients français », a témoigné un restaurateur de la ville de Mouscron, située à la frontière.
Un précédent européen
Ce boycott n'est pas un cas isolé en Europe. En Autriche, des villes ont également rompu leurs jumelages avec des municipalités dirigées par le FPÖ, le parti d'extrême droite. En Italie, certaines communes ont refusé de coopérer avec des villes de la Ligue. Cette pratique, bien que symbolique, est de plus en plus utilisée comme outil politique pour dénoncer la montée des extrêmes.
Les réactions en Belgique sont partagées. Si certains défendent la légitimité du vote démocratique, d'autres comprennent le geste des communes françaises. « C'est une question de valeurs, et il est légitime de marquer une distance avec des partis qui menacent l'État de droit », a déclaré un politologue belge, spécialiste des extrêmes droites.
La coopération transfrontalière en question
Au-delà du symbole, cette affaire met en lumière les fragilités de la coopération transfrontalière, pourtant encouragée par l'Union européenne. Les élus français appellent Bruxelles à se positionner sur les critères de partenariat avec des villes dirigées par des partis extrémistes. « L'Europe doit défendre ses valeurs, et cela passe aussi par des sanctions politiques », a insisté un maire du Pas-de-Calais.
En attendant, les habitants des deux côtés de la frontière vivent cette situation avec perplexité. Certains espèrent que ce boycott sera temporaire et que le dialogue reprendra après les prochaines élections. D'autres, au contraire, estiment qu'il s'agit d'une ligne rouge à ne pas franchir. « Nous devons rester fermes, sinon nous légitimons l'inacceptable », a conclu une élue du Nord.



