Un trésor littéraire pour la bibliothèque de Bordeaux
En 2023, les carnets de notes, journaux intimes, manuscrits originaux et tapuscrits du romancier bordelais Marc Pautrel étaient accessibles au grand public jusqu'à la fin de l'année. Retour sur cette information avec l'article publié initialement le 16 avril 2023.
À première vue, des boîtes d'archivage en carton sans grande valeur. Mais pour tout fan d'un auteur et plus encore pour celui qui a rédigé les écrits qu'elles renferment, c'est un trésor inestimable. Les notes, réflexions, carnets intimes, souvenirs de résidences d'auteur, et surtout manuscrits originaux et tapuscrits de Marc Pautrel vont prochainement regagner les rayonnages des archives de la bibliothèque de Bordeaux Mériadeck, aux côtés de ceux de Mauriac et Montaigne.
Un auteur contemporain et vivant
Avec cette singularité qu'il s'agit d'un auteur contemporain, qui plus est vivant, demeurant à Bordeaux depuis trente ans. La démarche est d'autant plus à propos qu'aujourd'hui beaucoup d'écrivains travaillant sur ordinateur voient la génétique des textes disparaître.
Il y a quelques mois, le romancier bordelais a contacté l'institution pour lui faire don de trente ans de vie personnelle, de correspondance professionnelle et le fruit de son travail acharné sur l'écriture. Rien de prétentieux dans cet acte pour l'auteur discret qu'est Marc Pautrel, qui dit relire Proust et Kafka avant l'envoi d'un texte pour se remettre à sa place.
Même si la publication en février dernier de Un merveilleux souvenir braque à nouveau sur lui les projecteurs médiatiques, cinq ans après le succès de Une vie princière. Simplement une trace de tout ce qu'il se passe dans la vie dont ce passionné de manuscrits autographes, tel qu'il se décrit, ne pouvait se résoudre à les détruire, tout en craignant leur perte dans un banal sinistre domestique. Et ce constat peu prosaïque : je commençais aussi à manquer de place.
Une quantité d'inédits révélateurs
Pour Clotilde Angleys, conservatrice et chef du service Collections et médiations régionales et patrimoniales, la démarche est d'autant plus à propos qu'aujourd'hui beaucoup d'écrivains travaillant sur ordinateur voient toute la génétique des textes disparaître. Or, outre son style condensé, sa syntaxe précise et son écriture rythmée, Marc Pautrel a cette particularité de rédiger en premier lieu à la main.
Lui qui se qualifie de fétichiste du premier jet, de l'inspiration conserve ainsi depuis trente ans le moindre mot couché sur papier, crayonné à l'encre bleue, dans une graphie anguleuse tel un tracé d'électrocardiogramme reflétant l'urgence d'une idée, d'un sentiment. Ces dizaines de carnets et milliers de feuillets de manuscrits originaux et leur tapuscrit témoignent du travail d'écriture de Marc Pautrel.
Au-delà des manuscrits originaux de la quinzaine de ses ouvrages publiés qu'il conservait jusqu'alors dans un coffre à la banque, Marc Pautrel offre ainsi à découvrir les textes qu'il n'a pas jugé dignes de l'être, lui l'auteur de trois à quatre romans par an. Tous méticuleusement ordonnancés dans des pochettes crème à élastiques.
Le processus de réécriture et les archives personnelles
Parallèlement, les tapuscrits témoignent du laborieux travail de réécriture auquel l'auteur s'astreint dans son studio du quartier de la gare, à Bordeaux, face à la fenêtre donnant plein sud. La donation se compose également d'une trentaine de carnets vénitiens que j'achète par stock à côté sur Rialto, que complète une dizaine de Moleskine, tous estampillés du Hanko japonais de l'auteur, renfermant réflexions qu'il partage pour certaines sur son site, ITD pour idée de texte ainsi que l'intégrale de ma vie privée.
Avec une restriction toutefois, que ces derniers éléments ne seront, à la demande de l'auteur, accessibles que dans trente ans. Tout comme la correspondance avec son éditeur chez Gallimard, le Bordelais Philippe Sollers. Alors que les nombreux courriers de refus d'autres maisons d'édition, teintés parfois d'agacement, seront consultables.
Marc Pautrel s'excusant que les dix autres boîtes à venir des années 1992 à 2000 soient moins intéressantes, Clotilde Angleys lui réplique qu'elles donnent à voir le métier d'écrivain au-delà de la notion romantique. Une transmission dont on imagine qu'elle a déjà fait l'objet de quelques notes de Marc Pautrel. Prémices peut-être de ce précieux premier jet annonciateur d'un nouveau roman.
Des mois d'archivage minutieux
Dans les sous-sols de la bibliothèque de Mériadeck, les archives de Marc Pautrel sont pour l'heure entreposées dans une salle de transit. Une sorte de quarantaine, même si elles sont dans un très bon état, note la conservatrice. C'est ici que chaque carnet, feuillet va faire l'objet d'un catalogage puis d'un codage où chaque manuscrit recevra les lettres MS, avant de rejoindre des boîtes spéciales d'archivages dont les matériaux assureront leur bonne conservation.
Un travail méthodique qui demandera plusieurs mois avant que le Fonds Marc Pautrel ne soit accessible au public. Mais alors, tout un chacun pourra faire la demande d'une consultation sous un délai de trois jours en salle de lecture. Tous les romans de Marc Pautrel sont publiés chez Gallimard, dans la collection L'Infini.



