Du 6 au 8 août, les arènes de Nîmes accueillent la nouvelle version du Rêve du gladiateur, fresque monumentale imaginée par Arthur Cadre. À quelques jours de la première, les interprètes Rubén Molina et Philibert Hébert-Filion lèvent le voile sur leurs personnages et sur l’intensité d’un spectacle où se croisent poésie, vertige et démesure.
Deux rôles aux antipodes, un même souffle épique
L’un incarne un gladiateur suspendu entre la vie et la mort. L’autre prête ses traits à un empereur déchu, aussi burlesque qu’inquiétant. Deux rôles aux antipodes qui donnent pourtant le même souffle à cette épopée onirique.
Pour Rubén Molina, le costume de gladiateur ne se résume pas à une armure ou à la force physique. Le danseur et chorégraphe espagnol a fouillé l’histoire, le cinéma et la littérature pour bâtir un personnage sensible, loin des clichés hollywoodiens. « Les gladiateurs rêvaient aussi. Ils avaient une vie intérieure, des sensibilités », explique-t-il.
Originaire de Cordoue, ancienne capitale de la Bétique romaine et ville jumelée avec Nîmes depuis 2013, l’artiste puise également dans ses racines flamencas pour nourrir son interprétation. « Il y a une connexion avec cette terre, avec la Méditerranée. » Une gestuelle qui épouse le sable des arènes et accompagne le voyage intérieur de ce combattant tombé au combat.
Dans l’histoire, pas dans un décor
Jouer dans un amphithéâtre bimillénaire donne une dimension particulière à son rôle. « On ne danse pas dans un décor, on danse dans l’histoire. » Plus qu’une scène, Rubén Molina parle d’un lieu chargé d’énergie, où la proximité avec les véritables gladiateurs nourrit son émotion. « C’est une gratitude absolue d’être là », conclut-il.
Un méchant qui fait d’abord sourire
Face à lui, Philibert Hébert-Filion compose un empereur déchu aux multiples visages. Formé au clown, il joue d’abord la carte du burlesque avant de dévoiler peu à peu une noirceur inattendue. « On s’attache au personnage, puis on découvre progressivement la folie derrière lui. »
Pour l’artiste canadien, tout repose sur un subtil équilibre entre humour et cruauté. « Le clown comme le méchant sont deux formes de folie. Il faut jouer avec ces différentes facettes. » Son personnage, narcissique et avide de pouvoir, apporte aussi une respiration bienvenue au cœur d’un récit qui explore la mort. « Le rire et les larmes sont très proches. Cela permet d’amener une poésie plutôt qu’une tragédie. »
Un défi technique pour les gradins et la caméra
Dans les arènes, le défi est aussi technique. Jouer pour les derniers gradins sans perdre la finesse du jeu, tout en s’adaptant à la captation réalisée par France Télévisions, exige un exercice d’équilibriste. « Je peux jouer grand avec mon corps, mais plus petit avec mon visage. »
Au lever de rideau, ces deux artistes guideront le public dans un rêve où le spectaculaire n’efface jamais l’émotion. Une représentation où, entre lumière et obscurité, chaque personnage trouve sa juste place.



