Le Printemps des comédiens offre un cadeau dantesque : le spectacle de cirque australien "Revoir les étoiles" ! La création du Circa Ensemble s'inspire de "L'Enfer" de Dante Alighieri. Dernier événement majeur du 40e Printemps des comédiens, ce spectacle de cirque est une réussite éblouissante qui puise dans l'œuvre du poète florentin pour viser le Paradis. À voir encore ce samedi soir à l'amphithéâtre d'O !
Un voyage de l'ombre à la lumière
Le printemps n'est pas terminé : avec ou sans majuscule, il s'achève le 21 juin. Il n'empêche, avec la canicule, l'été est déjà là et avec majuscule le Printemps (des comédiens, vous l'avez compris) vient de vivre son dernier événement majeur : Revoir les étoiles de la compagnie australienne Circa. Donnée vendredi et samedi à l'amphithéâtre d'O, cette création circassienne de Yaron Lifschitz emprunte son titre au dernier vers de L'Enfer, de la Divine Comédie de Dante Alighieri, quand après avoir traversé les cercles les plus sombres et profonds, Dante et Virgile émergent enfin de l'abîme et revoient le ciel : E quindi uscimmo a riveder le stelle (“Et dès lors, nous sortîmes revoir les étoiles”). Sans être narratif, le spectacle tend ainsi vers la lumière qu'il gagne par paliers, tableaux muets et pourtant éloquents.
Une scène épurée pour une performance totale
Sur le plateau de scène nu où une nuée d'ampoules brillantes figurent en fond une lumière encore inaccessible, évoluent douze acrobates aux physionomies et carrures variés, tandis que répartis derrière eux, quatre musiciens (une violoniste, un guitariste, une clarinettiste et un machiniste multi-instrumentiste) jouent en direct la bande-son magnifique, d'inspiration post-rock et répétitive, de leur parcours littéralement dantesque.
Une chorégraphie de l'entraide
Portés, sauts, contorsions, équilibres, mât ballant, sangles, tissu aérien, mât chinois, bascule… tout le vocabulaire acrobatique est convoqué, non dans une simple succession de prouesses spectaculaires mais pour une chorégraphie unique, fluide, haletante, à l'intérieur de laquelle tout se joue legato, au sens musical d'une interprétation des notes liées mais aussi à celui, physique, politique, métaphysique, de la nécessité de l'entraide pour progresser.
- Dans les premiers déséquilibres, les chutes, les échecs, on reconnaît un état infernal dont il s'agit de s'arracher à deux, à trois, ensemble, par moult tentatives d'élévations, de tractions et de portés.
- Le Purgatoire est tout d'équilibres ambivalents, bipolaires, précaires.
- Le Paradis est atteint quand le plateau est jonché d'une constellation d'ampoules au milieu desquelles les artistes dansent avec la gravité et s'affranchissent de la pesanteur.
Bientôt ils voleront dans les airs, et le public finira debout, sur un nuage !



