Denis Baulier, agriculteur auvergnat, est l'inventeur de «Terre qui roule», un outil agricole révolutionnaire qui permet de gérer les couverts végétaux sans travail du sol. Cette machine, née d'une observation minutieuse de la nature, est aujourd'hui utilisée par des centaines de fermes en France et à l'étranger. Portrait d'un homme qui a décidé de travailler avec la terre, et non contre elle.
Un agriculteur pas comme les autres
Installé dans le Puy-de-Dôme, Denis Baulier n'a pas suivi le chemin classique de l'agriculture intensive. Dès les années 1990, il remet en question les pratiques de labour et de travail du sol, qui appauvrissent les sols et érodent la biodiversité. Il expérimente des techniques de semis direct et de couverts végétaux, mais se heurte à un problème : comment détruire ces couverts efficacement, sans herbicides ni labour mécanique ?
La réponse lui vient en observant le fonctionnement des écosystèmes naturels. «Un sol nu est un sol mort», explique Denis Baulier dans le portrait que lui consacre Libération. «Il faut le protéger en permanence par un couvert végétal, comme le fait la forêt spontanément.» Il commence alors à dessiner les plans d'un rouleau qui écrase les tiges sans les arracher, laissant un paillis protecteur.
Un outil aux allures de rouleau compresseur
«Terre qui roule» ressemble à un énorme rouleau compresseur, mais son fonctionnement est beaucoup plus subtil. Des disques en dents de scie percent les tiges des plantes de couverture (seigle, vesce, trèfle, etc.) et les couchent au sol. Les plantes meurent sans être arrachées, leurs racines restent en place et continuent à structurer le sol. Le paillage ainsi créé limite l'évaporation, freine les mauvaises herbes et nourrit la vie microbienne.
L'invention de Denis Baulier s'inscrit dans le mouvement de l'agroécologie et de l'agriculture de conservation. Elle répond à un double enjeu : réduire l'utilisation de produits phytosanitaires et améliorer la santé des sols, qui captent plus de carbone. Selon son inventeur, «le rouleau est un outil simple et robuste, accessible à tous les agriculteurs, quelle que soit la taille de leur exploitation».
Une diffusion qui dépasse les frontières
Le premier prototype a été construit en 2015 dans un atelier local, avec l'aide d'un mécanicien. Les essais ont été concluants : les rendements sont restés stables, tandis que la vie du sol a été nettement améliorée. Très vite, la nouvelle s'est répandue dans les réseaux de l'agroécologie. Aujourd'hui, environ 200 exemplaires de «Terre qui roule» sont en service dans toute la France, et le rouleau a conquis l'Europe, l'Afrique et l'Amérique du Sud.
Ce succès, Denis Baulier le doit à une conviction : «L'invention ne doit pas rester un prototype de laboratoire, mais servir concrètement aux agriculteurs.» Il a donc choisi de ne pas breveter son outil, afin qu'il puisse être fabriqué localement et à moindre coût. Une démarche militante qui a séduit les réseaux de l'agriculture paysanne et les ONG environnementales.
Un portrait dans la série «Il fallait l'inventer»
Le portrait de Denis Baulier est le dix-huitième de la série «Il fallait l'inventer» de Libération, consacrée à des inventeurs méconnus qui œuvrent pour la transition écologique et sociale. La série met en lumière des femmes et des hommes qui, par leur ingéniosité et leur obstination, proposent des solutions concrètes pour changer le monde.
Dans son portrait, le journaliste décrit un homme «au verbe tranquille et aux mains calleuses», qui a passé plus de trente ans à observer les sols et à expérimenter. Cette longévité est une leçon : «L'innovation ne se décrète pas, elle se patine», confie Denis Baulier. Il insiste sur la nécessité de prendre le temps, de tâtonner, et de rester humble face à la complexité du vivant.
L'avenir de «Terre qui roule»
Denis Baulier ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Il travaille actuellement sur une version adaptée aux petites exploitations, notamment en Afrique, où le désherbage manuel est un travail pénible presque exclusivement réservé aux femmes. Son objectif : «Inventer des outils qui libèrent du temps et des efforts, tout en régénérant la terre.»
Ce portrait tombe à point nommé, alors que la question de la souveraineté alimentaire et de la régénération des sols devient urgente. Face au changement climatique, les techniques de l'agriculture de conservation, portées par des inventeurs comme Denis Baulier, pourraient bien jouer un rôle clé. Et si l'avenir passait par une terre qui roule ?



