L'édition 2026 des Nuits blanches du Thoronet, qui s'est déroulée du 23 au 25 juillet, restera comme l'une des plus difficiles de l'histoire du festival. Entre l'annulation de la première soirée en raison d'un incendie et l'interruption de la dernière à cause de la pluie, l'organisation doit désormais faire face à une situation financière tendue. Jean Guibergia, programmateur historique du festival, tire un bilan amer et s'interroge sur la continuité de son engagement.
Une édition marquée par les aléas climatiques et les incendies
Le jeudi 23 juillet, alors que le feu du Gros Bessillon faisait toujours rage, un arrêté préfectoral a interdit toutes les manifestations culturelles dans les massifs forestiers du Var. La première soirée, qui devait accueillir notamment la chanteuse Luiza en tête d'affiche du volet reggae, a été annulée. Le lendemain, la pluie a interrompu la prestation de Stephan Eicher, quelques minutes avant la fin prévue. Ces deux événements ont eu des conséquences financières importantes pour le festival, qui compte sur les recettes de la buvette et les préventes pour équilibrer son budget.
Des difficultés financières et un sentiment d'abandon
Jean Guibergia ne cache pas son désarroi : « Cette édition a été la plus terrible de toutes ces années. Je n'ai jamais vu ça. Le jeudi, c'était le feu. Le samedi, c'était la pluie. C'était l'angoisse, l'incertitude pendant tous les jours du festival. » Il déplore notamment un manque de communication de la part des autorités : « Avec l'arrêté du préfet, on nous a mis devant le fait accompli. La maire qui soutient le festival aussi était devant le fait accompli. Je comprends qu'elle n'ait pas voulu engager la responsabilité de maintenir la soirée. Par contre, je déplore que les autorités ne nous aient pas invités dans la discussion. On n'était pas dans une forêt mais dans un village. On aurait pu mettre en place une prévention adaptée. »
La situation financière est critique. Le festival doit rembourser les 440 préventes de la première soirée, une obligation légale, alors que les dépenses engagées pour ce concert sont perdues. « On est très mal », confie Jean Guibergia. « Il y avait 440 préventes pour la première soirée. La loi nous oblige à les rembourser. D'une part, nous avons eu un manque à gagner sur notre buvette qui permet d'avoir un apport et de couvrir une partie de nos frais. D'autre part, les dépenses engagées pour ce premier rendez-vous sont perdues. On comprend les personnes qui veulent se faire rembourser mais là maintenant on ne peut pas les rembourser. Je suis devant un mur. »
Un climat anxiogène et des critiques parfois violentes
Le programmateur historique, qui œuvre depuis vingt-huit ans pour ce festival créé en 1998, se dit profondément touché par les réactions de certains festivaliers. « Certains ont des propos assez violents, nous insultent », déplore-t-il. « Nous ne sommes pas des professionnels. Nous ne gagnons pas d'argent. On en perd et personne n'est content. Il faudrait que l'on prenne, le préfet par exemple, la mesure de nos difficultés. Au bout de ces vingt-huit années, je me pose la question : pourquoi on fait ça ? Bien sûr, des gens sont solidaires, nous envoient des messages d'encouragements. Mais dans cette situation, on ne retient que le mauvais. »
Malgré tout, Jean Guibergia tient à souligner les moments de grâce qui ont ponctué cette édition. Le vendredi, consacré à la cumbia, a été un franc succès avec la prestation de La Delio Valdez, « le plus grand groupe de cumbia d'Argentine », qui a fait danser le public dans une « ambiance de folie ». Le samedi, malgré la pluie, la soirée avec Stephan Eicher a été « formidable » selon le programmateur, qui salue l'attitude du chanteur : « Stephan Eicher me dit : "J'ai envie de jouer". C'est un gars formidable. »
Des questions sur l'avenir du festival
Alors que les prochaines semaines seront consacrées aux bilans et aux réunions, Jean Guibergia se dit à un tournant. « Quelles questions vous posez-vous ? Quel est le devenir du festival ? Comment peut-on être solidaire quand il y a des imprévus ? On a la tête sous l'eau et j'ai l'impression que l'on nous la garde sous l'eau. On a envie de rembourser tout le monde mais que l'on nous laisse le temps de respirer. »
Le festival des Nuits blanches du Thoronet, qui a attiré cette année encore de nombreux festivaliers, doit maintenant trouver des solutions pour assurer sa pérennité. Les bénévoles, au nombre de 80 pendant les festivités, restent motivés, mais l'équilibre financier est plus que jamais fragile. Les aides publiques se font rares, et les aléas climatiques, de plus en plus fréquents, pourraient remettre en question l'organisation de futures éditions.



