Rita del Erido, l'une des rares écuyères de haute école montant à califourchon, fut une célébrité parisienne de la Belle Époque avant de séduire la Côte d'Azur. Son nom évoque peu de choses aujourd'hui, mais dans le Paris de cette époque, elle était une véritable star, attirant les regards partout où elle passait, jusqu'à faire du cap d'Antibes l'un de ses refuges.
Une vie romanesque révélée par une historienne
L'historienne Nathalie Aguado, auteure de « Cap d'Antibes, les artisans du rêve », a découvert son histoire par hasard. « Je suis complètement passée à côté d'elle au départ, reconnaît-elle. En travaillant sur l'écrivain Henri Duvernois, je me suis aperçue que son épouse avait eu une vie extraordinaire. » Avant d'épouser l'auteur à succès, Rita del Erido s'était construit un personnage : son véritable nom, Julie Margaretha Liebman, disparaissait derrière ce pseudonyme soigneusement choisi. Elle laissait courir la rumeur d'origines indiennes, entretenait le mystère et soignait chacune de ses apparitions.
Une figure incontournable du Bois de Boulogne
À cette époque, elle était l'une des figures incontournables du Bois de Boulogne. Chaque week-end, les Parisiens venaient assister à son défilé, tantôt dans un attelage spectaculaire, tantôt sur un cheval d'exception. « Les gens venaient simplement pour la voir passer, raconte Nathalie Aguado. Elle avait compris avant beaucoup d'autres qu'on pouvait devenir célèbre en cultivant son image. »
Lorsqu'elle épouse Henri Duvernois, le couple rejoint le cap d'Antibes, alors en pleine transformation. Les grandes villas sortent de terre, les artistes, écrivains et personnalités de la haute société affluent. Ils s'installent à la villa Marguerite, une élégante demeure nichée dans la pinède. Très vite, la maison devient l'un des salons les plus recherchés du Cap, où écrivains, comédiens, journalistes et personnalités parisiennes se retrouvent au fil des saisons autour de dîners qui font parler bien au-delà de la Côte d'Azur.
Un caractère difficile et des anecdotes célèbres
Si Henri Duvernois est unanimement apprécié pour sa convivialité, Rita, elle, laisse une impression plus contrastée. « Tous les témoignages décrivent une femme brillante mais au caractère difficile, souligne Nathalie Aguado. Lui était chaleureux, très entouré. Elle pouvait se montrer beaucoup plus cassante. »
Cette personnalité hors-norme nourrit les anecdotes. L'une des plus célèbres est rapportée par Jean Cocteau : au cours d'un dîner mondain, un convive demande ce qu'est devenue une femme qui avait fait scandale quelques années en transmettant une maladie honteuse à un Morny (un duc, demi-frère de Napoléon III). La conversation s'interrompt, puis Rita répond avec un aplomb déconcertant : « C'était moi. » Une répartie qui résume à elle seule le personnage. « Elle entretenait sa propre légende, sourit Nathalie Aguado. On ne sait jamais complètement où s'arrête la réalité et où commence le personnage qu'elle avait inventé. »
Un héritage patrimonial préservé
Aujourd'hui encore, la villa Marguerite témoigne de cette époque. Longtemps restée presque intacte, elle conservait notamment la bibliothèque d'Henri Duvernois telle qu'il l'avait laissée. La propriété a récemment changé de mains, et ses nouveaux propriétaires souhaitent préserver son caractère patrimonial.
Pour Nathalie Aguado, l'histoire de Rita del Erido raconte aussi celle du cap d'Antibes des Années folles. « On pense souvent aux grandes fortunes américaines ou aux industriels. Mais il y avait aussi des artistes, des écrivains, des personnalités totalement atypiques. Rita faisait partie de ceux qui donnaient une âme au Cap. » Derrière les façades élégantes des villas se jouait alors une vie mondaine foisonnante, où les destins les plus improbables se croisaient. Celui de Rita del Erido en est sans doute l'un des plus romanesques.
L'ouvrage « Cap d'Antibes, les artisans du rêve », par Nathalie Aguado, est publié aux éditions Akinomé, 224 pages, en vente en librairie à 46 euros.



